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2ème.Année théâtre en classe




Celui qui ouvre une porte d’école,
 ferme une prison.     

                                                                  [Victor Hugo]              

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L Avare de Molière
 
Harpagon vient de s’apercevoir que 
sa cassette a été 
volée.

  un monologue désespéré. 
 
(Dans la scène qui précède,
 La Flèche montre à son 
 
maitre
 
 Cléante la précieuse cassette qui contient le trésor 
 
 
d’Harpagon, qu’il vient de lui voler.)
  
 
 la visée de Molière : corriger le vice par le 
 
rire ?
 
 
La scène 7 de l’acte III illustre la folie d’Harpagon , 
 
 
mais le
 
 registre dominant est comique. En effet, cette scène 
 
est 
caractéristique de l’esprit des comédies de Molière : 
corriger les mœurs par le rire.  
L'avare peut nous faire rire et nous serrer le cœur parce que le monstre d'égoïsme, qui humilie tous ceux qui l'approchent en raison du pouvoir que lui accorde son argent, est brusquement montré nu.
HARPAGON - Au voleur ! au voleur ! à l'assassin ! au meurtrier ! Justice, juste Ciel !
 je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N'est-il point là ? N'est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin... (Il se prend lui-même par le bras.) 
 
 
Ah ! c'est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! on m'a privé de toi ; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde : sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus ; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris ? Euh ? que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute la maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! de quoi est-ce qu'on parle là ? De celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part sans doute au vol que l'on m'a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après
  L'avare Harpagon, un bon père ? Jugez plutôt : son fils est amoureux, mais il ne lui donnera pas un sou. Pire encore, il projette d'épouser celle que son fils aime. Ce n'est pas tout : il décide de marier sa fille à un riche vieillard. Son point faible : un trésor enterré dans le jardin. Qui profitera de sa cassette ? Les enfants échapperont-ils à la tyrannie de leur père ? Pourquoi cette situation dramatique fait-elle rire ?

Le Malade imaginaire

Acte I

 Une pièce de théâtre se compose généralement de trois phases
      1 -     Les premières scènes (une ou deux en principe) sont des scènes d'exposition qui  présentent les personnages, leur fonction, leur statut social, leurs relations et qui annoncent le début de l'action.
2-        Le nœud de l'action où s'opposent les personnages et où se joue l'action principale.
3-      Le dénouement (qui apporte la solution.)
L'acte est une division principale d'une pièce.
La scène est une partie d'un acte délimitée par l'entrée ou la sortie d'un ou de plusieurs personnages.
Les didascalies sont les indications scéniques données par l'auteur.
Chaque élément du dialogue, correspondant à un  tour de parole, constitue une réplique.

 
 Molière (1622-1673)
ARGAN: malade imaginaire.
BELINE: seconde femme d'Argan.
ANGELIQUE: fille d'Argan et amante de Cléante.
LOUISON: petite fille d'Argan et soeur d'Angélique.
BERALDE: frère d'Argan.
CLEANTE: amant d'Angélique.
MONSIEUR DIAFOIRUS: médecin.
THOMAS DIAFOIRUS: son fils et amant d'Angélique.
MONSIEUR PURGON: médecin d'Argan.
MONSIEUR FLEURANT: apothicaire.
MONSIEUR BONNEFOI: notaire.
TOINETTE: servante.

Acte I, Scène 5 - ARGAN, ANGELIQUE, TOINETTE

 Quiproquo : méprise, erreur d'identité ; le fait de prendre une personne pour une autre.

                               

ARGAN se met dans sa chaise.
Oh çà, ma fille, je vais vous dire une nouvelle, où peut-être ne vous attendez-vous pas. On vous demande en mariage. Qu'est-ce que cela? Vous riez? Cela est plaisant oui, ce mot de mariage! Il n'y a rien de plus drôle pour les jeunes filles. Ah! nature, nature! A ce que je puis voir, ma fille, je n'ai que faire de vous demander si vous voulez bien vous marier.



ANGELIQUE
Je dois faire, mon père, tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner.

ARGAN
Je suis bien aise d'avoir une fille si obéissante: la chose est donc conclue, et je vous ai promise.

ANGELIQUE
C'est à moi, mon père, de suivre aveuglément toutes vos volontés.

ARGANMa femme, votre belle-mère, avait envie que je vous fasse religieuse, et votre petite soeur Louison aussi, et de tout temps elle a été aheurtée à cela.
TOINETTE, tout bas.
La bonne bête a ses raisons.

ARGANElle ne voulait point consentir à ce mariage; mais je l'ai emporté, et ma parole est donnée.
ANGELIQUE
Ah! mon père, que je vous suis obligée de toutes vos bontés!

TOINETTEEn vérité, je vous sais bon gré de cela; et voilà l'action la plus sage que vous ayez faite de votre vie.
ARGAN
Je n'ai point encore vu la personne: mais on m'a dit que j'en serais content, et toi aussi.

ANGELIQUE
Assurément, mon père.

ARGANComment! l'as-tu vu?
ANGELIQUEPuisque votre consentement m'autorise à vous pouvoir ouvrir mon coeur, je ne feindrai point de vous dire que le hasard nous a fait connaître il y a six jours, et que la demande qu'on vous a faite est un effet de l'inclination que, dès cette première vue, nous avons prise l'un pour l'autre.
ARGANIls ne m'ont pas dit cela; mais j'en suis bien aise, et c'est tant mieux que les choses soient de la sorte. Ils disent que c'est un grand jeune garçon bien fait.
ANGELIQUE
Oui, mon père.

ARGAN
De belle taille.

ANGELIQUE
Sans doute.

ARGANAgréable de sa personne.
ANGELIQUEAssurément.
ARGANDe bonne physionomie.
ANGELIQUE
Très bonne.

ARGAN
Sage et bien né.

ANGELIQUETout à fait.
ARGANFort honnête.
ANGELIQUELe plus honnête du monde.
ARGAN
Qui parle bien latin et grec.

ANGELIQUEC'est ce que je ne sais pas.
ARGAN
Et qui sera reçu médecin dans trois jours.

ANGELIQUE
Lui, mon père?

ARGANOui. Est-ce qu'il ne te l'a pas dit?
ANGELIQUE
Non, vraiment. Qui vous l'a dit, à vous?

ARGAN
Monsieur Purgon.

ANGELIQUEEst-ce que monsieur Purgon le connaît?
ARGANLa belle demande! Il faut bien qu'il le connaisse puisque c'est son neveu.
ANGELIQUECléante, neveu de monsieur Purgon?
ARGANQuel Cléante? Nous parlons de celui pour qui l'on t'a demandée en mariage.
ANGELIQUEEh! oui.

ARGAN
Eh bien, c'est le neveu de monsieur Purgon, qui est le fils de son beau-frère le médecin, monsieur Diafoirus; et ce fils s'appelle Thomas Diafoirus, et non pas Cléante; et nous avons conclu ce mariage-là ce matin, monsieur Purgon, monsieur Fleurant et moi; et demain ce gendre prétendu doit m'être amené par son père. Qu'est-ce? Vous voilà tout ébaubie!

ANGELIQUEC'est, mon père, que je connais que vous avez parlé d'une personne, et que j'ai entendu une autre.






La pièce tourne essentiellement autour d'Argan, qui est le « malade imaginaire » qui a donné son titre à la pièce. Veuf, il s'est remarié avec Béline qui simule des soins attentifs, mais n'attend en réalité que sa mort pour pouvoir hériter
Il se fait faire des saignées, des purges et prend toutes sortes de remèdes, dispensés par des médecins pédants et soucieux davantage de complaire à leur patient que de la santé de celui-ci. Toinette, sa servante, se déguise en médecin et lui dispense des conseils plein d'ironie où elle se moque du ridicule des médecins.
Angélique, sa fille, aime Cléante au grand dépit d'Argan. Il préférerait voir sa fille mariée à Thomas Diafoirus lui-même médecin.
Pour les tirer d'affaire, Toinette recommande à Argan de faire le mort. Sa femme est appelée par Toinette, et manifeste sa joie d'être débarrassée de son mari devant celui-ci, qu'elle croit mort. Toinette appelle ensuite Angélique, qui manifeste un chagrin sincère de la mort de son père : celui-ci arrête aussitôt son jeu et accepte l'union de sa fille avec Cléante, à la condition que ce dernier devienne médecin. Son frère, Béralde, lui conseille de devenir médecin lui-même, ce qu'il accepte.....
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                     Le lexique du théâtre




La comédie : Pièce qui montre les défauts des hommes en faisant rire. Elle se termine toujours bien.             
- La tragédie : Mets en scène des héros en proie à un destin sans issue. Le héros finit très mal. Inspirée de l'histoire antique.
- La tragi-comédie : Elle met en scène des événements tristes. Mais se finit bien.
- Le chœur : Personnage accompagné de 5 choreutes qui chantent et dansent, entre ce que l'on appelle aujourd'hui les actes. (Pendant l'antiquité)
.
- Une satire : Un écrit qui se moque, qui tourne en dérision quelque chose ou quelqu'un.

- Une didascalie : Indication sur les lieux, les objets et la manière de jouer. Souvent en italique.
-
- Scène d'exposition : Elle correspond au début de la pièce (scène 1 et 2). Elle permet de renseigner les spectateurs sur l'intrigue.
aparté : Parole dite par un personnage inaudible par l'autre personnage et qui s'adresse  au public
Dénouement (ou épilogue) : résolution de l'intrigue par l'élimination du dernier obstacle ou de la dernière péripétie ; partie de la pièce de théâtre qui la conclut (en général la dernière scène).
.

Intermède : petit spectacle intercalé entre les actes d'une pièce
    Quiproquo : méprise, erreur d'identité ; le fait de prendre une personne pour une autre.
Récit : long développement par lequel un personnage généralement secondaire vient exposer des faits qui se sont déroulés en dehors du théâtre.

Réplique : partie du dialogue prononcée d'un seul tenant (sans interruption) par un personnage
                                     Exercice

http://palf.free.fr/esaintot/lexique.htm
                                                        








 





Le(s) rideau(x) : Dans le vocabulaire du théâtre, il y a plusieurs types de rideaux, le plus familier ou le plus connu étant le rideau d'avant-scène. D'autre part, et particulièrement lorsque ces rideaux sont des éléments de décors, on emploie surtout le mot toile.


Les coulisses : C'est l'envers du décor. L'espace non visible par le spectateur qui se trouve de part et d'autre du côté cour et du côté jardin et qui contient les pendrillons.


Les pendrillons : Rideaux, la plupart du temps en velours noir, placés de chaque côté du plateau. Les pendrillons forment les coulisses.



La rampe : C'est la galerie lumineuse qui borde l'avant de  la scène d'un bout à l'autre.


Le manteau d'Arlequin : C'est la partie de la scène qui commence au rideau et se termine aux premiers pendrillons . Elle est généralement décorée d'une draperie de couleur rouge. Il est possible d'élargir ou de rétrécir à volonté cet encadrement de scène. C'est pourquoi on appelle aussi le manteau d'Arlequin, le cadre mobile.
 
découvrir l'univers du théâtre.
http://www.dossiers.latroupeduroy.fr/5.html 




LA 

POUDRE AUX YEUX

COMÉDIE

EN DEUX ACTEs, EN PROSE

représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Gymnase-dramatique, le 19 octobre 1861

  


Objectifs :  IDENTIFIER ET RECONNAÎTRE :
- LES FORMES DU DISCOURS THÉÂTRAL  (en vers ou en prose, le dialogue, le monologue, la tirade, l'aparté...)

- L'ORGANISATION D'UNE PIECE  (la scène d'exposition, le nœud de l'action et le dénouement)

- LES INDICATIONS SCENIQUES  (l'acte, la scène, les didascalies)

ACTE I

Un salon bourgeois chez Malingear : piano à gauche, bureau à droite, guéridon au milieu.

Scène première


Madame Malingear, Sophie, un panier sous le bras.


Sophie.
Alors, madame, il ne faudra pas de poisson ?
Madame Malingear, assise à droite du guéridon et travaillant.
Non !… Il a fait du vent toute la semaine, il doit être hors de prix… Mais tâchez que votre filet soit avantageux.
Sophie.
Et pour légumes ?… On commence à voir des petits pois.
Madame Malingear.
Vous savez bien que les primeurs n’ont pas de goût… Vous nous ferez un chou farci.
Sophie.
Comme la semaine dernière ?…
Madame Malingear.
En revenant du marché, vous apporterez votre livre. Nous compterons.
Sophie.
Bien, madame.
Elle sort par la droite.

Scène II


Madame Malingear, Malingear



Malingear, entrant par le fond.
C’est moi… Bonjour, ma femme !
Madame Malingear.
Tiens… tu étais sorti ?… D’où viens-tu ?…
Malingear.
Je viens de voir ma clientèle.
Madame Malingear.
Ta clientèle ! Je te conseille d’en parler… Tu ne soignes que les accidents de la rue, les gens qu’on écrase ou qui tombent par les fenêtres.
Malingear, s’asseyant.
Eh bien, ce matin, on est venu me chercher à six heures… chez moi… J’ai un malade.
Madame Malingear.
C’est un étranger, alors ?
Malingear.
Non… un Français.
Madame Malingear.
C’est la première fois, depuis deux ans, qu’on songe à te déranger.
Malingear, gaiement.
Je me lance.
Madame Malingear.
À cinquante-quatre ans, il est temps ! Veux-tu que je te dise : c’est le savoir-faire qui te manque, tu as une manière si ridicule d’entendre la médecine !
Malingear.
Comment ?…
Madame Malingear.
Quand, par hasard, le ciel t’envoie un client, tu commences par le rassurer… Tu lui dis : "Ce n’est rien ! c’est l’affaire de quelques jours."
Malingear.
Pourquoi effrayer ?
Madame Malingear.
Avec ce système-là, tu as toujours l’air d’avoir guéri un bobo, une engelure !… Je connais plusieurs de tes confrères… de vrais médecins, ceux-là ! quand ils approchent un malade, ce n’est pas pour deux jours ! Ils disent tout de suite : "Ce sera long, très long ! " Et ils appellent un de leurs collègues en consultation.
Malingear.
À quoi bon ?…
Madame Malingear.
C’est une politesse que celui-ci s’empresse de rendre la semaine suivante… Voilà comment on se fait une clientèle !
Malingear, se levant.
Quant à moi, jamais !
Madame Malingear.
Toi, avec ta bonhomie, tu as perdu peu à peu tous tes clients… Il t’en restait un… le dernier… un brave homme…
Malingear.
M. Dubourg… notre voisin ?
Madame Malingear.
Il avait avalé une aiguille, sans s’en douter… Tu le traites quinze jours… Très bien !… ça marchait… Mais voilà qu’un beau matin tu as la bêtise de lui dire : "Mon cher monsieur Dubourg, je ne comprends rien du tout à votre maladie."
Malingear.
Dame !… quand on ne comprend pas !…
Madame Malingear.
Quand on ne comprend pas… on dit : "C’est nerveux !…" Ah ! si j’étais médecin !…
Malingear.
Quel charlatan tu ferais !…
Madame Malingear.
Heureusement que la Providence nous a donné vingt-deux bonnes mille livres de rente, et que nous n’attendons pas après ta clientèle. Qu’est-ce que c’est que cette personne qui est venue ce matin ?…
Elle se rassied.
Malingear, un peu embarrassé. C’est… c’est un jeune homme…
Madame Malingear.
De famille ?
Malingear, prenant des billets de banque dans un tiroir du bureau.
Oui… il a de la famille… Tiens, prends ces quatre mille francs.
Madame Malingear.
Pour quoi faire ?
Malingear.
Nous avons fait renouveler notre meuble de salon, et c’est aujourd’hui que le tapissier doit venir toucher sa note.
Madame Malingear, Prenant les billets de banque.
Ah ! c’est juste… Eh bien, ce client ?
Elle se lève.
Malingear.
Ah ! que tu es curieuse !… C’est un cocher de la maison qui a reçu un coup de pied de cheval… Là !
Madame Malingear.
Un cocher ?… Mon compliment !… Demain, on viendra te chercher pour le cheval.
Malingear.
Plaisante tant que tu voudras ! mais je suis enchanté d’avoir donné mes soins à ce brave garçon… En causant avec lui, j’ai appris des choses…
Madame Malingear.
Quoi donc ?
Malingear.
On jase sur notre maison.
Madame Malingear.
Sur nous ?… Que peut-on dire ?
Malingear.
Pas sur nous ; mais sur ce jeune homme qui vient tous les jours faire de la musique avec ta fille.
Madame Malingear.
M. Frédéric ? dont nous avons fait connaissance l’été dernier aux bains de mer de Pornic ?
Malingear.
On dit que c’est le prétendu d’Emmeline. Hier soir, chez le concierge, on a même fixé le jour du mariage.
Madame Malingear.
Ah ! mon Dieu !
Malingear.
Tu vois qu’il est quelquefois bon de soigner les cochers.
Madame Malingear.
Que faire ?…
Malingear.
Il faut trancher dans le vif… Certainement M. Frédéric est très gentil, très distingué…
Madame Malingear.
Ah ! charmant !




Malingear.
Et c’est fort aimable à lui de venir tapoter notre piano sept fois par semaine ; mais il faut qu’il s’explique… Il est temps,. grand temps !…
Madame Malingear.
Comment ?…
Malingear.
Emmeline est triste… elle ne mange plu 

       LE PETIT MALADE

 

 


LE MEDECIN, le chapeau à la main - C'est ici,madame qu'il y a un petit malade?

MADAME - C'est ici, docteur; entrez donc. c est pour mon petit garçon. Figurez­ vous, ce pauvre mignon, je ne sais pas comment ça se fait, depuis ce matin, tout le temps il tombe.

LE MÉDECIN - Il tombe !

MADAME - Tout le temps; oui, docteur,

LE MÉDECIN Par terre ?

MADAME - Par terre.

LE MÉDECIN C'est étrange, cela... Quel âge a­-t-il ?

MADAME -Quatre ans et demi.

LE MÉDECIN Quand le diable y serait, on tient sur ses jambes, à cet âge-là ! et comment ça lui a-t-il-pris ?

MADAME -Je n'y comprends rien, je vous dis. très bien hier soir et il trottait comme un lapin à travers l'appartement. Ce matin, je vais pour le lever, comme j'ai l'habitude de le faire. Je lui enfile ses bas, je lui passe sa culotte, et je le mets sur ses jambes. Pouf! il tombe.

LE MÉDECIN Un faux pas, peut-être.

MADAME - Attendez ! Je me précipite ; je le relève Pouf! il tombe une seconde fois. Etonnée je le relève encore... Pouf! par terre ! et comme ça sept ou huit fois de suite. Bref, docteur, je vous le répète, je ne sais pas comment ça se fait, depuis ce matin, tout le temps, il tombe.

LE MÉDECIN - Voilà qui tient du merveilleux... Je puis voir le petit malade?
- Sans doute.
Elle sort puis  reparaît tenant dans ses bras le gamin. Celui-ci arbore sur ses joues les couleurs  d'une extravagante bonne santé.
Il est vêtu d'un pantalon et d'une blouse lâche, empesée de confitures séchées.

LE MÉDECIN - Il est superbe, cet enfant-là ! Mettez-le à terre, je vous prie.
 La mère obéit L'enfant tombe.
LE MÉDECIN - Encore une fois, s'il vous plaît.
Même jeu que ci-dessus. L’enfant tombe..
MADAME - Encore.
Troisième mise sur pieds, immédiatement  suivie de la chute du petit malade qui tombe tout le temps.
LE MÉDECIN rêveur - C'est inouï,
Au petit malade, que soutient sa mère sous les bras.
LE MÉDECIN Dis-moi, mon petit ami, tu as du bobo quelque part ?
TOTO - Non, monsieur.
LE MÉDECIN - Cette nuit, tu as bien dormi?
TOTO - Oui, monsieur.
LE MÉDECIN - Et tu as de l'appétit, ce matin? Mangerais-tu volontiers une petite sousoupe?
TOTO - Oui, monsieur.
LE MÉDECIN - Parfaitement . C'est de la paralysie.
MADAME - De la para ! Ah ! Dieu !
Elle lève les bras au ciel. L'enfant tombe.
LE MÉDECIN - Hélas ! Oui, madame. Paralysie complète des membres inférieurs. D'ailleurs, vous allez voir vous-même que les chairs du petit malade sont frappées d'insensibilité absolue.
Tout en parlant, il s'est approche du gamin et il s'apprête à faire l'expérience indiquée, mais tout a coup:
LE MÉDECIN Ah, ça, mais... ah ça, mais... ah ça, mais... Puis éclatant:
Eh ! Sacrédié, madame, qu'est-ce que vous venez me chanter avec votre paralysie?
MADAME - Mais docteur...
LE MÉDECIN - Je le crois bien, tonnerre de Dieu, qu'il ne puisse tenir sur ses pieds... Vous lui avez mis les deux jambes dans la même jambe du pantalon !

G. COURTELINE, Le Petit Malade.









L’addition 

Le Client - Garçon, l’addition !
Le Garçon - Voilà. (Il sort n crayon et note)Vous avez deux œufs durs, un veau, un petit pos, une asperge, un fromage avec beurre, une amande verte, un café filtre, un téléphone.
Le Client - Et puis des cigarettes !
Le Garçon commence à compter.
Le Garçon - C’est ça même ...Des cigarettes... Alors ça fait...
Le Client - N’insistez pas, mon ami, c’est inutile, vous ne réussirez jamais.
Le Garçon - ! ! !
Le Client - On ne vous a donc pas appris à l’école que c’est ma-thé-ma-ti-que-ment impossible d’additionner des choses d’espèces différentes !
Le Garçon - ! ! !
Le Client - Enfin, tout de même, de qui se moque-t-on ? ! Il faut réellement être insensé pour oser essayer de tenter d’ « additionner » un veau avec des cigarettes, des cigarettes avec un café filtre, un café filtre avec une amande verte et des œufs durs avec des petits pois, des petits pois avec un téléphone...Pourquoi pas un petit pois avec un grand officier de la légion d’honneur, pendant que vous y êtes !
Il se lève

Le Client - Non, mon ami, croyez-moi, n’insistez pas, ne vous fatiguez pas, ça ne donnera rien, vous entendez, rien, absolument rien...Pas même le pourboire !
Et il sort en emportant le rond de serviette à titre gracieux.
                                                                                Jacques Prévert




                 On purge bébé

   
On purge bébé est un vaudeville de Georges Feydeau, représenté pour la première fois le 12 avril 1910 au Théâtre des Nouveautés. Il s'agit d'une pièce en un acte composé de 11 scènes
                                            

 Résumé
 
 M. Follavoine, un fabricant de porcelaine, a invité à déjeuner, dans son coquet appartement, un client de marque : Chouilloux, président de la Commission qui doit statuer sur l'acquisition par l'Armée française de pots de chambre destinés aux hommes de troupe. Il espère -+

6+le marché, ayant mis au point un système de pots présumés incassables.
 Pour mettre toutes les chances de son côté, il a invité également Mme Chouilloux et son amant de cœur, un certain Truchet. L'infortune conjugale de Chouilloux est en effet de notoriété publique, et il eût été malséant de ne pas inviter le trio au grand complet.
 Mais un événement fâcheux va contrarier ses plans. Sa femme, Julie, encore en bigoudis et robe de chambre, vient le trouver dans son bureau pour se plaindre des caprices de leur fils Hervé, dit Toto : ce dernier, qui «n'a pas été» ce matin-là, refuse obstinément d'avaler le purgatif qu'on lui destine. Chouilloux arrive sur ces entrefaites et s'efforce de jouer les conciliateurs, lui-même ayant été soigné naguère pour «constipation relâchée».
 Tout va se liguer contre Follavoine : deux pots de chambre lancés à titre d'essai dans le couloir pour impressionner son client vont se briser en mille morceaux; sa femme excédée par l'attitude peu coopérative du visiteur va le traiter publiquement de cocu; l'arrivée intempestive de Mme Chouilloux et de son amant mettra le comble à la confusion. Follavoine, à bout de nerfs, quitte la maison, laissant en affectueux tête-à-tête sa femme et son fils, qui n'a toujours pas pris sa purge.



                     Atelier d'écriture    
Kino est un pêcheur indien qui vit dans la pauvreté la plus grande. Cherchant chaque jour comment il va faire pour nourrir son épouse Juana et son fils Coyotito, la vie est un enfer et Kino médite longuement sur les différences de classe entre riches et pauvres.
Un jour, son petit garçon, pas très costaud, est piqué par un scorpion et risque la mort. Kino n'a pas l'argent nécessaire pour le faire soigner, il devient fou et va trouver le médecin de la ville la plus proche en l'implorant de l'aider. Ce dernier, homme qui déteste les indiens, lui refuse les soins et la charité. Kino est furieux et désemparé, prêt à tout, or il se trouve que ce médecin est un grand amateur de perles. Kino est pêcheur de perles, il y a peut-être moyen de s'arranger.   A force de ténacité et de plongées, Kino finit par trouver la plus grosse perle qui soit, énorme caillou qui lui fait perdre la tête. Il se dit que le bonheur est proche, qu'il va pouvoir acheter à boire et à manger, des vêtements neufs pour sa femme et son fils et un fusil et des meubles…

                                                            
"Dans la perle, il vit comment ils seraient habillés : Juana dans un châle neuf, tout raide de nouveauté, et au bas de la longue jupe, Kino vit dépasser ses pieds chaussés de souliers. C'était là, dans la perle, c'était là qu'il voyait l'image. Lui aussi portait des habits blancs tout neufs et il tenait un chapeau à la main - pas un chapeau de paille, mais un beau feutre noir. Et lui aussi avait des chaussures - non pas des sandales, mais de vrais souliers à lacets. Et Coyotito - c'était lui qu'il fallait voir - était vêtu d'un costume marin bleu, le costume des marins américains, avec, sur la tête, une petite casquette de yachtman, comme celle que Kino avait vue, il y avait longtemps, à bord d'un bateau de plaisance ancré dans l'estuaire. Toutes ces choses, Kino les vit dans la perle luisante et il dit : « Nous aurons des habits neufs . »,
                                                                                    La perle John Steinbeck ,éd.Gallimard

Transforme ce récit en un monologue avec des indications scéniques décrivant les gestes de kino ,son regard,ses expressions ....
Fais parler Kino à la première personne du singulier et au présent de l'indicatif
Exemple de début: 
                 Kino,seul sur scène ,regardant attentivement la perle .
Ah !Mon Dieu, comme elle est belle cette perle !(la regardant de plus près).Elle est            "Bon courage" - Soleil fleuri...



                                    
 Le théâtre  en classe de français
Le Cid est une pièce de théâtre (tragi-comédie) en vers  de Pierre Corneille



















  • Don Rodrigue (Rodrigue) : fils de Don Diègue et amant de Chimène. Cid est un surnom de guerre qui ne sera rappelé qu’aux actes IV et V et uniquement par le roi et l’Infante.



  • Chimène : fille de Don Gomès et maîtresse de don Sanche et de don Rodrigue dont elle est aussi l’amante.
    Don Gomès (le comte) : comte de Gormas et père de Chimène.
    Don Diègue [de Bivar] : père de don Rodrigue.
    Don Diègue et le comte de Gomès ont décidé d’unir leurs enfants Rodrigue et Chimène, qui s'aiment. Mais le comte, jaloux de se voir préférer le vieux don Diègue pour le poste de précepteur du prince, offense ce dernier en lui donnant un soufflet. Don Diègue, affaibli par l’âge et trop vieux pour se venger par lui-même, remet sa vengeance entre les mains de son fils Rodrigue qui, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue le père de Chimène en duel. Chimène essaie de renier son amour et le cache au roi, à qui elle demande la tête de Rodrigue. Mais l’attaque du royaume par les Maures donne à Rodrigue l’occasion de prouver sa valeur et d’obtenir le pardon du roi. Plus que jamais amoureuse de Rodrigue devenu un héros national, Chimène reste sur sa position et obtient du roi un duel entre don Sanche, qui l'aime aussi, et Rodrigue. Elle promet d’épouser le vainqueur. Rodrigue victorieux reçoit du roi la main de Chimène : le mariage sera célébré dans un délai d’un an.
                                     Acte 1 , Scène 6

    Percé jusques au fond du coeur
    D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
    Misérable vengeur d'une juste querelle,
    Et malheureux objet d'une injuste rigueur,
    Je demeure immobile, et mon âme abattue
    Cède au coup qui me tue.
    Si près de voir mon feu récompensé,
    Ô Dieu, l'étrange peine !
    En cet affront mon père est l'offensé,
    Et l'offenseur le père de Chimène !

    Que je sens de rudes combats !
    Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse :
    Il faut venger un père, et perdre une maitresse.
    L'un m'anime le coeur, l'autre retient mon bras.
    Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
    Ou de vire en infâme,
    Des deux côtés mon mal est infini.
    Ô Dieu, l'étrange peine !
    Paut-il laisser un affront impuni ?
    Faut-il punir le père de Chimène ?
    Père, maitresse, honneur, amour,
    Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
    Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
    L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour.
    Cher et cruel espoir d'une âme généreuse,
    Mais ensemble amoureuse,
    Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
    Fer qui cause ma peine,
    M'es-tu donné pour venger mon honneur ?
    M'es-tu donné pour perdre ma Chimène ?





    ChimèneElle est un des plus beaux types de femmes du théâtre cornélien et classique en général. Comme Rodrigue, elle est pleine d’énergie et d’amour, de jeunesse et de fidélité, sentiments qu’elle démontre tout d’abord après la mort de son père. Le devoir lui commande de demander la tête de Rodrigue au roi. Comme son fiancé, elle étouffe l’amour profond qu’elle éprouve pour son bien aimé, avec le même héroïsme que Rodrigue, étant fermement décidée à suivre la voie du devoir, pour défendre l’honneur de son père tué et pour se rendre digne de l’amour de Rodrigue. Son amour est basé sur l’estime qu’elle ressent pour les qualités morales de Rodrigue, mais elle ne veut être inférieure à lui, elle veut rivaliser avec Rodrigue en ce qui concerne la générosité...


    Rodrigue est un général habile, courageux et rusé dans le combat avec les Maures. Vis-à-vis de son père il se montre bon fils, dévoué. Pour Chimène, il est un fiancé délicat et l’amour qu’il éprouve pour elle est constant, malgré tous les obstacles qui s’y opposent. Son héroïsme ressort de l’attitude qu’il garde dans le conflit moral. Il se trouve placé entre l’amour pour Chimène et le devoir de venger l’honneur de sa famille gravement compromise par le père de sa fiancée, à cause de l’outrage fait à Don Diègue. Dans une lutte terrible, qui se livre dans un coeur déchiré par la douleur, il étouffe, avec un grand héroïsme, son amour, parce que cette passion l’empêcherait de faire son devoir. Un tel effort de volonté de la part du héros, un tel sacrifice provoque notre admiration. L’amour entre Rodrigue et Chimène est basé sur l’estime, et Rodrigue serait méprisé par Chimène s’il négligeait son devoir. Par conséquent, Rodrigue tue le comte pour faire son devoir, mais aussi pour garder l’estime de Chimène.
    Rodrigue inspire aux spectateurs des sentiments d’estime et de sympathie.

                                                                                                 














    L’école devrait toujours avoir pour but de donner à ses élèves une personnalité harmonieuse, et non de les former en spécialiste. [Albert Einstein]


    Scène première

    Follavoine, puis Rose
    Au lever du rideau. Follavoine, penché sur sa table de travail, la jambe gauche repliée sur son fauteuil de bureau, la croupe sur le bras du fauteuil, compulse son dictionnaire.
    Follavoine, son dictionnaire ouvert devant lui sur la table.
    Voyons : « Iles Hébrides ?… Iles Hébrides ?… Iles Hébrides ?… » (On frappe à la porte. — Sans relever la tête et avec humeur.) Zut ! entrez ! (À Rose qui paraît.) Quoi ? Qu’est-ce que vous voulez ?
    Rose, arrivant du pan coupé de gauche.
    C’est Madame qui demande Monsieur.
    Follavoine, se replongeant dans son dictionnaire et avec brusquerie.
    Eh ! bien, qu’elle vienne !… Si elle a à me parler, elle sait où je suis.
    Rose, qui est descendue jusqu’au milieu de la scène,
    Madame est occupée dans son cabinet de toilette ; elle ne peut pas se déranger.
    Follavoine
    Vraiment ? Eh bien, moi non plus ! Je regrette ! je travaille.
    Rose, avec indifférence,
    Bien, Monsieur.
    Elle fait mine de remonter.
    Follavoine, relevant la tête, sans lâcher son dictionnaire. — Sur le même ton brusque.
    D’abord, quoi ? Qu’est-ce qu’elle me veut ?
    Rose, qui s’est arrêtée à l’interpellation de Follavoine.
    Je ne sais pas, Monsieur.
    Follavoine
    Eh ! bien, allez lui demander !
    Rose
    Oui, Monsieur,
    Elle remonte.
    Follavoine
    C’est vrai ça !… (Rappelant Rose au moment où elle va sortir.) Au fait, dites donc, vous…
    Rose, redescendant.
    Monsieur ?
    Follavoine
    Par hasard, les… les Hébrides… ?
    Rose, qui ne comprend pas.
    Comment ?
    Follavoine
    Les Hébrides ?… Vous ne savez pas où c’est ?
    Rose, ahurie.
    Les Hébrides ?
    Follavoine
    Oui.
    Rose
    Ah ! non !… non !… (Comme pour se justifier.) C’est pas moi qui range ici !… c’est Madame.
    Follavoine, se redressant en refermant son dictionnaire sur son index de façon à ne pas perdre la page.
    Quoi ! quoi, « qui range »  ! les Hébrides !… des îles ! bougre d’ignare !… de la terre entourée d’eau… vous ne savez pas ce que c’est ?
    Rose, ouvrant de grands yeux.
    De la terre entourée d’eau ?
    Follavoine
    Oui ! de la terre entourée d’eau, comment ça s’appelle ?
    Rose
    De la boue ?
    Follavoine, haussant les épaules.
    Mais non, pas de la boue ? C’est de la boue quand il n’y a pas beaucoup de terre et pas beaucoup d’eau ; mais, quand il y a beaucoup de terre et beaucoup d’eau, ça s’appelle des îles !
    Rose, abrutie,
    Ah ?
    Follavoine
    Eh ! bien, les Hébrides, c’est ça ! c’est des îles ! par conséquent, c’est pas dans l’appartement.
    Rose, voulant avoir compris.
    Ah ! oui !… c’est dehors !
    Follavoine, haussant les épaules.
    Naturellement ! c’est dehors.
    Rose
    Ah ! ben, non ! non je les ai pas vues.
    Follavoine, quittant son bureau et poussant familièrement Rose vers la porte pan coupé.
    Oui, bon, merci, ça va bien !
    Rose, comme pour se justifier.
    Y a pas longtemps que je suis à Paris, n’est-ce pas… ?
    Follavoine
    Oui !… oui, oui !
    Rose
    Et je sors si peu !
    Follavoine
    Oui ! ça va bien ! allez… Allez retrouver Madame.
    Rose
    Oui, Monsieur !
    Elle sort.
    Follavoine
    Elle ne sait rien cette fille ! Rien ! qu’est-ce qu’on lui a appris à l’école ? (Redescendant jusque devant la table contre laquelle il s’adosse.) « C’est pas elle qui a rangé les Hébrides »  ! Je te crois, parbleu ! (Se replongeant dans son dictionnaire.) « Z’Hébrides… Z’Hébrides… » (Au public.) C’est extraordinaire ! je trouve zèbre, zébré, zébrure, zébu !… Mais de Zhébrides, pas plus que dans mon œil ! Si ça y était, ce serait entre zébré et zébrure. On ne trouve rien dans ce dictionnaire !
    Par acquit de conscience, il reparcourt des yeux la colonne qu’il vient de lire.


                                                       Le Tartuffe, ou l'Imposteur
    Le texte de la Scène 4 Acte 1 de la pièce de Molière : Le Tartuffe, ou l'Imposteur

     
    << Le Tartuffe, Acte 1 

    ORGON, CLÉANTE, DORINE.
    ORGON

    Ah, mon frère, bonjour.

    CLÉANTE

    Je sortais, et j'ai joie à vous voir de retour:
    225 La campagne, à présent, n'est pas beaucoup fleurie.

    ORGON

    Dorine, mon beau-frère, attendez, je vous prie.
    Vous voulez bien souffrir, pour m'ôter de souci,
    Que je m'informe un peu des nouvelles d'ici.
    Tout s'est-il, ces deux jours, passé de bonne sorte?
    230 Qu'est-ce qu'on fait céans? Comme est-ce qu'on s'y porte?

    DORINE

    Madame eut, avant-hier, la fièvre jusqu'au soir,
    Avec un mal de tête étrange à concevoir.

    ORGON

    Et Tartuffe?

    DORINE

    Tartuffe? Il se porte à merveille,

    Gros, et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.

    ORGON
    235 Le pauvre homme!

    DORINE

    Le soir elle eut un grand dégoût,

    Et ne put au souper toucher à rien du tout,
    Tant sa douleur de tête était encor cruelle.

    ORGON

    Et Tartuffe?

    DORINE

    Il soupa, lui tout seul, devant elle,

    Et fort dévotement il mangea deux perdrix,
    240 Avec une moitié de gigot en hachis.

    ORGON

    Le pauvre homme!

    DORINE

    La nuit se passa tout entière,

    Sans qu'elle pût fermer un moment la paupière;
    Des chaleurs l'empêchaient de pouvoir sommeiller,
    Et jusqu'au jour, près d'elle, il nous fallut veiller.

    ORGON

    Et Tartuffe?

    DORINE
    245 Pressé d'un sommeil agréable,

    Il passa dans sa chambre, au sortir de la table;
    Et dans son lit bien chaud, il se mit tout soudain,
    Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.

    ORGON

    Le pauvre homme!

    DORINE

    À la fin, par nos raisons gagnée,
    250 Elle se résolut à souffrir la saignée,
    Et le soulagement suivit tout aussitôt.

    ORGON

    Et Tartuffe?

    DORINE

    Il reprit courage comme il faut ;

    Et contre tous les maux fortifiant son âme,
    Pour réparer le sang qu'avait perdu Madame,
    255 But à son déjeuner, quatre grands coups de vin.

    ORGON

    Le pauvre homme*!

    DORINE

    Tous deux se portent bien enfin;

    Et je vais à Madame annoncer par avance,
    La part que vous prenez à sa convalescence.
     



     COMÉDIE
    http://fr.wikisource.org/ 

    EN QUATRE ACTES


    représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Gymnase, le 10 septembre 1860.



    COLLABORATEURS : M. E. MARTIN


    PERSONNAGES
    Perrichon
    Le Commandant Mathieu
    Majorin
    Armand Desroches
    Daniel Savary
    Joseph, domestique du commandant
    Jean, domestique de Perrichon
    Madame Perrichon
    Henriette, sa fille
    Un Aubergiste
    Un Guide
    Un Employé de chemin de fer
    Commissionnaires
    Voyageurs


    ACTE I

    La gare du chemin de fer de Lyon, à Paris. Au fond, barrière ouvrant sur les salles d’attente. Au fond, à droite, guichet pour les billets. Au fond, à gauche, bancs, marchande de gâteaux ; à gauche, marchande de livres.

    Scène Première

    Majorin, un employé du chemin de fer, Voyageurs, Commissionnaires

    Majorin, se promenant avec impatience
    Ce Perrichon n’arrive pas ! Voilà une heure que je l’attends… C’est pourtant bien aujourd’hui qu’il doit partir pour la Suisse avec sa femme et sa fille… (Avec amertume.) Des carrossiers qui vont en Suisse ! des carrossiers qui ont quarante mille livres de rente ! des carrossiers qui ont voiture ! Quel siècle ! Tandis que, moi, je gagne deux mille quatre cents francs… un employé laborieux, intelligent, toujours courbé sur son bureau… Aujourd’hui j’ai demandé un congé… j’ai dit que j’étais de garde. Il faut absolument que je voie Perrichon avant son départ… je veux le prier de m’avancer mon trimestre…. six cents francs ! Il va prendre son air protecteur… faire l’important !… un carrossier ! ça fait pitié ! Il n’arrive toujours pas ! on dirait qu’il le fait exprès ! (S’adressant à un facteur qui passe suivi de voyageurs.) Monsieur, à quelle heure part le train direct pour Lyon ?…
    Le Facteur, brusquement
    Demandez à l’employé.
    Il sort par la gauche.
    Majorin
    Merci… manant ! (S’adressant à l’employé qui est près du guichet.) Monsieur, à quelle heure part le train direct pour Lyon ?…
    L’employé, brusquement
    Ca ne me regarde pas ! voyez l’affiche.
    Il désigne une affiche à la cantonade à gauche.
    Majorin
    Merci… (À part.) Ils sont polis dans ces administrations ! Si jamais tu viens à mon bureau, toi !… Voyons l’affiche…
    Il sort par la gauche.

    Scène II

    L’Employé, Perrichon, Madame Perrichon, Henriette

    Ils entrent par la droite.
    Perrichon
    Par ici !… ne nous quittons pas ! nous ne pourrions plus nous retrouver… Où sont nos bagages ?… (Regardant à droite ; à la cantonade.) Ah très bien ! Qui est-ce qui a les parapluies ?…
    Henriette
    Moi, papa.
    Perrichon
    Et le sac de nuit ?… les manteaux ?…
    Madame Perrichon
    Les voici !
    Perrichon
    Et mon panama ?… Il est resté dans le fiacre ! (Faisant un mouvement pour sortir et s’arrêtant.) Ah ! non ! je l’ai à la main !… Dieu, que j’ai chaud !
    Madame Perrichon
    C’est ta faute !… tu nous presses, tu nous bouscules !… je n’aime pas à voyager comme ça !
    Perrichon
    C’est le départ qui est laborieux…une fois que nous serons casés !… Restez là, je vais prendre les billets… (Donnant son chapeau à Henriette.) Tiens, garde-moi mon panama… (Au guichet.) Trois premières pour Lyon !…
    L’employé, brusquement
    Ce n’est pas ouvert ! Dans un quart d’heure !
    Perrichon, à l’employé
    Ah ! pardon ! c’est la première fois que je voyage… (Revenant à sa femme.) Nous sommes en avance.
    Madame Perrichon
    Là ! quand je te disais que nous avions le temps… Tu ne nous as pas laissés déjeuner !
    Perrichon
    Il vaut mieux être en avance !… on examine la gare ! (À Henriette.) Eh bien, petite fille, es-tu contente ?… Nous voilà partis !… encore quelques minutes, et, rapides comme la flèche de Guillaume Tell, nous nous élancerons vers les Alpes ! (À sa femme.) Tu as pris la lorgnette ?
    Madame Perrichon
    Mais oui !
    Henriette, à son père
    Sans reproches, voilà au moins deux ans que tu nous promets ce voyage.
    Perrichon
    Ma fille, il fallait que j’eusse vendu mon fonds… Un commerçant ne se retire pas aussi facilement des affaires qu’une petite fille de son pensionnat !… D’ailleurs, j’attendais que ton éducation fût terminée pour la compléter en faisant rayonner devant toi le grand spectacle de la nature !
    Madame Perrichon
    Ah çà ! est-ce que vous allez continuer comme ça ?…
    Perrichon
    Quoi ?…
    Madame Perrichon
    Vous faites des phrases dans une gare !
    Perrichon
    Je ne fais de phrases… j’élève les idées de l’enfant. (Tirant de sa poche un petit carnet.) Tiens, ma fille, voici un carnet que j’ai acheté pour toi.
    Henriette
    Pour quoi faire ?…
    Perrichon
    Pour écrire d’un côté la dépense, et de l’autre les impressions.
    Henriette
    Quelles impressions ?…
    Perrichon
    Nos impressions de voyage ! Tu écriras, et moi je dicterai.
    Madame Perrichon
    Comment ! Vous allez vous faire auteur à présent ?
    Perrichon
    Il ne s’agit pas de me faire auteur… mais il me semble qu’un homme du monde peut avoir des pensées et les recueillir sur un carnet !
    Madame Perrichon
    Ce sera bien joli !
    Perrichon, à part.
    Elle est comme ça, chaque fois qu’elle n’a pas pris son café !
    Un Facteur, poussant un petit chariot chargé de bagages
    Monsieur, voici vos bagages. Voulez-vous les faire enregistrer ?…
    Perrichon
    Certainement ! Mais, auparavant, je vais les compter… parce que, quand on sait son compte… Un, deux, trois, quatre, cinq, six, ma femme, sept, ma fille, huit, et moi, neuf. Nous sommes neuf.
    Le Facteur
    Enlevez !
    Perrichon, courant vers le fond
    Dépêchons-nous !
    Le Facteur
    Pas par là, c’est par ici !
    Il indique la gauche.
    Perrichon
    Ah ! très bien ! (Aux femmes.) Attendez-moi là !… ne nous perdons pas !
    Il sort en courant, suivant le facteur.







      
     Les Femmes savantes est une comédie de 1672 en cinq actes. L’intrigue réside dans le mariage entre Henriette et Clitandre, lequel risque d’être empêché de se marier par Philaminte qui veut lui faire épouser Trissotin, un poète précieux et pédant.
    Cette pièce est l’occasion pour Molière de dénoncer le comportement et le langage apprêté et artificiel des femmes qui se croient savantes.
    Dans notre extrait, il est question du renvoi de Martine par sa maîtresse pour avoir commis une faute de grammaire (un solécisme).
    On étudiera le langage des personnages, la satire des caractères et le comique de la scène.

    Résumé
    La pièce raconte l'histoire d'une famille déchirée en deux, où la mère (Philaminte), la belle-sœur de cette dernière (Bélise) et une de ses deux filles (Armande) sont sous l'emprise d'un faux savant aux dents longues (Trissotin). Ce dernier, beau parleur, les subjugue de ses poèmes et savoirs pédants mais, en vérité, s'intéresse plus à l'argent de la famille qu'à l'érudition des trois femmes. Cette situation désole le reste de la famille, à savoir le mari de Philaminte (Chrysale), le frère de ce dernier (Ariste) et la cadette des filles (Henriette) ; mais ces derniers ne s'opposent pas frontalement aux « chimères » des autres femmes de la famille.
    Pendant longtemps, Clitandre a courtisé Armande, sœur d'Henriette, mais cette dernière s'est toujours refusée à lui, lui préférant « les beaux feux de la philosophie ». Clitandre est alors devenu amoureux de Henriette, et tous deux veulent se marier.
    Dans ce but, ils vont devoir obtenir le soutien de la famille. Chrysale et Ariste sont favorables au mariage. Mais le reste de la famille, c'est-à-dire les trois « femmes savantes », s'y opposent. Philaminte veut qu'Henriette épouse Trissotin, pour asseoir son alliance avec la science et la philosophie. Cette volonté est appuyée par Bélise, mais aussi par Armande. Cette dernière exprime une certaine jalousie que sa sœur convole avec son ancien soupirant.
    Chrysale ne veut pas s'opposer fermement aux volontés de son épouse, et il semble que le mariage d'Henriette et Clitandre soit compromis, à l'avantage de Trissotin. Les deux amants tentent alors de s'opposer au philosophe mais aucun ne réussit, jusqu'à ce qu'Ariste parvienne à déjouer la duplicité de Trissotin ; Henriette peut alors se marier avec Clitandre.

    Les personnages

    • Philaminte, la mère. C'est elle qui dirige la petite « académie » et qui a découvert Trissotin. Parce que celui-ci flatte son orgueil, elle le considère comme un grand savant au point qu'elle pense réellement qu'il peut faire un bon parti pour sa fille. Elle milite également pour la « libération » des femmes et s'attache à diriger la maisonnée, même si c'est en dépit du bon sens.
    • Bélise, la tante. Sœur de Chrysale, c'est une vieille fille qui ne s'est jamais mariée, et l'on devine que c'est en partie par dépit qu'elle a rejoint les « femmes savantes ». Elle se croit cependant irrésistible et s'invente des soupirants ; elle s'imagine en particulier que Clitandre est amoureux d'elle et qu'Henriette n'est qu'un prétexte.
    • Armande, la fille aînée. Autrefois courtisée par Clitandre, elle l'a rejeté et celui-ci est alors tombé amoureux de sa sœur Henriette. Elle prétend que cela la laisse indifférente, mais en fait, elle est jalouse de sa sœur et n'a qu'un but : empêcher les deux amoureux de se marier.
    • Trissotin, un pédant. Bien qu'il se vante d'être un grand connaisseur en lettres et en sciences, il est tout juste bon à faire des vers que seules Philaminte, Bélise et Armande apprécient. Il semble ne s'intéresser aux femmes savantes plus pour leur argent que pour l'érudition de ces dernières. Ce personnage est inspiré de l'abbé Charles Cotin. Les poèmes qu'il lit à la scène 2 de l'acte III sont inspirés de textes présents dans les Œuvres mêlées (1659) et les Œuvres diverses (1663, 1665) dudit abbé.
    • Vadius, un pédant comme Trissotin. Il est tour à tour son camarade et son rival. Sa querelle avec Trissotin sur leurs poèmes respectifs met en relief la petitesse d'esprit de ce dernier. Ce personnage est inspiré du grammairien Gilles Ménage. Une telle dispute est d'ailleurs réellement arrivée entre Charles Cotin et Gilles Ménage à l'époque de l'écriture de la pièce.
    • Chrysale, le père. Il se prétend le maître de la maison et affirme que les femmes ne doivent s'occuper de rien d'autre que des tâches ménagères ; cependant, il a du mal à contredire sa femme quand celle-ci prend ses décisions, notamment sur le renvoi de Martine.
    •  
    • Henriette, la fille cadette. C'est la seule femme de la famille qui ne fasse pas partie des « femmes savantes » : à leur galimatias pédant, elle préfère les sentiments qui la lient à Clitandre.
    • Clitandre, le soupirant d'Henriette. Autrefois amoureux d'Armande, il fut éconduit par celle-ci.
    • Ariste, l'oncle. Frère de Chrysale, il n'accepte pas de voir celui-ci se laisser mener par le bout du nez par sa femme, et apporte son soutien à Clitandre et Henriette.
    • Martine, la servante. Au début de la pièce, elle est renvoyée par Philaminte pour avoir parlé en dépit des règles de la grammaire. Elle revient à la fin pour défendre les arguments de Clitandre et d'Henriette.
    • Julien, le valet de Vadius.
    • Lépine, le valet de Trissotin.
    • Le notaire, chargé du mariage
    •     Bélise
      Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel.
      Je n’est qu’un singulier, avons est pluriel.
      Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?
      Martine
      Qui parle d’offenser grand’mère ni grand-père ?
      Philaminte
      Ô Ciel !
      Bélise
      Grammaire est prise à contre-sens par toi,
      Et je t’ai dit déjà d’où vient ce mot.

      Martine
      Ma foi !
      Qu’il vienne de Chaillot, d’Auteuil, ou de Pontoise,
      Cela ne me fait rien.
      Bélise
      Quelle âme villageoise !
      La grammaire, du verbe et du nominatif,
      Comme de l’adjectif avec le substantif,
      Nous enseigne les lois.

      Martine
      J’ai, Madame, à vous dire
      Que je ne connais point ces gens-là.  

    • Philaminte
      Quel martyre !
      Bélise
      Ce sont les noms des mots, et l’on doit regarder
      En quoi c’est qu’il les faut faire ensemble accorder.
      Martine
      Qu’ils s’accordent entr’eux, ou se gourment, qu’importe ?
      Philaminte, à sa sœur.
      Eh, mon Dieu ! Finissez un discours de la sorte.

    Scène 6
    Accompagnée de Bélise, Philaminte pourchasse Martine, et motive le renvoi de la servante par son mauvais vocabulaire et sa grammaire incorrecte, ce qui est pire à ses yeux que de casser ou de dérober quelque chose.

     
    La Dame aux camélias a pour thème une histoire d’amour entre une courtisane atteinte de phtisie, Marguerite Gautier, et un jeune bourgeois, Armand Duval. La narration de cette histoire d’amour constitue un récit dans le récit, puisqu’Armand Duval raconte son aventure au narrateur initial du roman.
    Amoureux de Marguerite, Armand devient son amant et obtient que Marguerite renonce à sa vie de courtisane pour habiter avec lui à la campagne. L’idylle est rompue par le père d’Armand, qui obtient que Marguerite renonce à Armand, lequel va croire jusqu’à la mort de Marguerite que celle-ci l’avait trompé. La mort de Marguerite, victime de la « phtisie », est décrite comme une agonie sans fin, où Marguerite, abandonnée par tous, ne peut que regretter ce qui aurait pu être.
    La passion outrepasse la raison, mais à la différence du chevalier Des Grieux, autre amant livré aux affres d’un amour pour une « courtisane dans l’âme » dans Manon Lescaut, ouvrage auquel Dumas fait référence dans son propre roman, Armand aimera une femme toute prête à lui sacrifier sa richesse et son train de vie.
    Dumas s’attache à rendre Marguerite sympathique et presque vertueuse malgré son passé. Alliance illégitime, cet amour touche le lecteur qui ne peut rester insensible à la souffrance réciproque des deux amants, contraints à se ranger du côté de la norme.
    Le roman est surtout marquant par le portrait saisissant qu’il fait de cette vie parisienne mondaine du XIXe siècle, et du caractère fragile et éphémère du monde des courtisanes.



     Elle l’aimait, elle en était aimée mais la bienséance et la mort la séparèrent de lui.
    Ce roman, dont Alexandre Dumas fils tira aussi un drame, est inspiré de l’existence authentique de Marie Duplessis. Merveilleusement belle et intelligente, cette courtisane fut adorée du Tout-Paris et de l’auteur lui-même. Il dut renoncer à elle, car il n’était pas assez riche. Verdi fit de ce drame un opéra sublime, La Traviata, que Franco Zeffirelli filma avec grand art.
    Armand et Marguerite vivent un amour immense qui survit à tous les obstacles et à toutes les tromperies. Le père d’Armand interdit cet amour inconvenant. Mais rien n’aura empêché le bonheur d’aimer, la virginité retrouvée, l’argent et les conventions dédaignés. L’amour véritable, c’était pour Marguerite l’espoir, le rêve et le pardon de sa vie. Tout lui fut donné, mais à quel prix !