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lundi 7 mai 2012

Fables de Lafontaine


Les fables de La fontaine    



                    

                                              
                                        

Ce qu'on a appris dans sa  jeunesse,

on ne l'oublie pas dans sa vieillesse

19 Ko

 

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  • la fable est un court récit  généralement en vers, qui se conclut par une sentence morale: moralité 
    La fable raconte une histoire, qui, à travers l'anecdote, met en scène un univers symbolique. L'aventure relatée est destinée à faire passer, sous une forme ludique et imagée, un message de portée générale, leçon de morale ou réflexion critique.


  •                   



    ActivitésPoètemoralistedramaturgelibrettiste et romancier
    Naissance8 juillet 1621
    Château-Thierry,
    France
    Décès13 avril 1695
    ParisFrance
    Langue d'écriturefrançais
    Genresfableconte
    Œuvres principales
    • Les Fables (1668 - 1695) 
      J. Lafontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français duxviie siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables. Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable. Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.
      Famille
      Il est né le 7 ou 8 juillet 1621 dans un milieu bourgeois de province ; son père est conseiller du roi et maître des Eaux et Forêts ; sa mère est veuve d'un premier mari, négociant à Coulommiers.
      Formation
      Il fait des études de rhétorique latine, puis entame des études de droit, interrompues pour entrer à l'Oratoire, en vue d'une carrière ecclésiastique. Après un an et demi, il retourne au droit.
      Début de carrière
      Il se marie à vingt-six ans avec Marie Héricart. Il fréquente les milieux lettrés. En 1652, il achète une charge de maître des Eaux et Forêts. Il publie, anonymement et sans grand succès, une pièce, l'Eunuque (1654), inspirée de Térence.
      Premiers succès
      Il écrit deux longs poèmes, Adonis (1658) et le Songe de Vaux (1659), pour son protecteur le surintendant Fouquet, puis un recueil de Contes et Nouvelles (1665).
      Gloire et difficultés
      Il publie un nouveau recueil de Contes, puis fait paraître, en 1668, les six premiers livres des Fables, ainsi qu'un roman en prose et en vers, les Amours de Psyché et de Cupidon. Après la disgrâce de Fouquet et la mort d'une autre protectrice, il perd son titre de « gentilhomme servant ». Il est accueilli par Mme de La Sablière (1672) et renonce à sa charge de maître des Eaux et Forêts. Il rencontre les grands auteurs du moment : Molière, Racine, Boileau.
      Il rédige un livret d'opéra pour Lully (Daphné), fait paraître de nouveaux Contes puis, en 1678, une nouvelle édition des Fables largement augmentée. À l'Académie française où il est élu en 1684 malgré l'hostilité de Louis XIV, il lit son Discours à Mme de La Sablière, forme de confession personnelle. Dans la querelle des Anciens et des Modernes, polémique sur les mérites comparés des écrivains et artistes de l'Antiquité et de ceux de l'époque de Louis XIV, il prend parti pour les Anciens. Il écrit un nouvel opéra, l'Astrée.
      Dernières années
      À la mort de Mme de La Sablière en 1693, il se réfugie chez des amis parisiens. Il rédige ses dernières fables (il en aura écrit 240 au total). Il accepte de renier ses contes et décide de faire pénitence. Il meurt le 13 avril 1695. En 1817, son corps sera transporté au cimetière du Père-Lachaise.

       

    La Fontaine      

    Maître Corbeau, sur un arbre perché,

    Tenait en son bec un fromage.
    Maître Renard, par l'odeur alléché,
    Lui tint à peu près ce langage :

    « Hé ! bonjour,Monsieur du Corbeau,
    Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
    Sans mentir, si votre ramage
    Se rapporte à votre plumage,
    Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois
    . »
    A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
    Et pour montrer sa belle voix,
    Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
    Le Renard s'en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
    Apprenez que tout flatteur
    Vit aux dépens de celui qui l'écoute :

    Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. 
    »
    Le Corbeau, honteux et confus,
    Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.



    JEAN DE LA FONTAINE

               Dans la fable Le Corbeau et le Renard, la morale est la suivante : 
               apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. 
     Cette fable fait voir ce que peut l’esprit, et que la sagesse est toujours la plus forte. Le corbeau, par vanité ( très fier de lui-même et qui s’en vante), montre le peu de richesse qu’il a et il se le fait voler. Le renard, lui ne possède rien, mais il repart la bouche pleine et content



    le ramage signifie le chant des oiseaux dans les arbres. 
    Le phénix est un oiseau fabuleux de la mythologie égyptienne.
    Il est toujours le seul de son espèce, il possède un plumage doré, il meurt consumé (détruit lentement) par le feu et il renaît de ses cendres. Ici, La Fontaine l’utilise au sens de quelqu’un d’exceptionnel, d’unique. Alors c’est tout un compliment que le renard fait au corbeau.

              On hasarde de perdre en voulant trop gagner


         Il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre.



    LA CIGALE ET LA FOURMI
    La fable La Cigale et la Fourmi de La fontaine occupe la première place dans le premier livre des Fables. Cette fable est une réadaptation d'une fable d'Esope (fabuliste)du VIIème-VIème siècle .La Fontaine appartient au courant littéraire du classicisme comme Boileau et Molière .
    Le monde réaliste et le monde lyrique ou artistique s'affrontent dans cette fable. Le premier est représenté par la fourmi, et le second par la cigaleLa fourmi vit dans le sérieux ,le monde actif ,en prévision de l'avenir, alors que la cigale vit dans l'instant présent sans se soucier du lendemain.Elle chante l'été.
     La Cigale, ayant chanté

    Tout l'été,Se trouva fort dépourvue
    Quand la bise fut venue :
    Pas un seul petit morceau
    De mouche ou de vermisseau.
    Elle alla crier famine
    Chez la Fourmi sa voisine,
    La priant de lui prêter
    Quelque grain pour subsister
    Jusqu'à la saison nouvelle.
    « Je vous paierai, lui dit-elle,
    Avant l'oût, foi d'animal,
    Intérêt et principal. »
    La Fourmi n'est pas prêteuse :

    La cigale, occupée à chanter pendant l’été, n’a pas fait de réserves de nourriture pour l’hiver. Quand ses rigueurs arrivent, elle est contrainte d’implorer sa voisine, la fourmi. Elle lui demande un prêt qu’elle s’engage à rembourser au plus tôt. Mais la fourmi est avare ; narquoise, elle rappelle à la cigale qu’elle chantait l’été et conclut,  au terme d’un affrontement verbal, qu’elle peut bien danser l’hiver.
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    La Fontaine donne une moralité à la fable   avant de s'amuser il faut travailler pour ainsi ne pas se retrouver sans rien    
     VOUS AIMEZ LES FABLES
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    Cette fable est la première du livre premier : ce qui ne veut pas dire qu'elle soit la meilleure. Cependant, en vertu môme du rang qu'elle occupe, elle est presque toujours la première que l'on fait apprendre aux petits enfants : comme s'il était nécessaire de prêcher l'égoïsme à un âge qui se montre fréquemment dur et cruel, parce que, dans son inexpérience, il ne sait pas encore ce que c'est que souffrir!
    « Eh bien! dansez maintenant! » Voilà le trait cruel que la fourmi lance à la pauvre cigale, malheureuse par sa faute, mais malheureuse néanmoins.
    Pères et mères qui faites apprendre la Cigale et la Fourmi à vos enfants, soyez sûrs que ce dernier vers est celui qu'ils retiendront le mieux et qu'ils appliqueront le plus souvent, si vous ne leur enseignez pas tout d'abord qu'il n'est jamais permis de traiter durement les malheureux, quelque coupables qu'ils soient, et que le meilleur usage qu'un homme puisse faire de ses économies, est d'en consacrer une large part au soulagement de ceux qui souffrent.
    La morale de cette première fable ne court pas seulement le risque d'être mal interprétée : la fable elle-même laisse aussi à désirer sous le rapport de la clarté, comme nous le montrerons dans l'analyse suivante......

    La cigale
    Nous allons vous parler d'un insecte qui est bizarre car il chante et stridule toute la journée.
    La cigale fait partie de la classe des Insectes, de l'ordre des Homoptères. Sa tête est de couleur bleu gris. Ses deux petits yeux sont noirs et grands. Ses pattes sont poilues et grâce à ces poils, elles collent aux branches. Ses quatre ailes sont longues, brunes et en forme de losange. Son corps est de couleur brune. La cigale est longue, elle peut mesurer de 2 à 5 cm.
    Elle habite dans tous les pays chauds y compris le Canada. Elle s'abrite dans les arbres.
    La cigale se nourrit de sève. Quand elle mange, son ventre grossi.
    Pour se défendre, elle rejette du liquide pour peser moins lourd et s'envoler. Elle pond ses oeufs dans les fentes des branches. La cigale évolue tout au long de sa vie: au début elle est une larve. Lorsqu'elle atteint 5 à 8 cm, elle grimpe dans l'arbre le plus proche, mue et devient une cigale.
    La cigale est utile car elle indique l'heure.
    Elle chante et stridule. 
    La fourmi fait partie de la classe des Insectes, de l'ordre des Hyménoptères (abeilles, guêpes et fourmis), de la famille des formicidés . On retrouve 60 genres de fourmis en Amérique du nord et des centaines d'espèces.
    Son corps est aussi dure qu'une armure. On appelle cela l'exosquelette . Sa tête est grise et grosse . Son thorax est mince.
     Que mange-t-elle ? Elle mange des grains , de la sève de plante , du miellat .
    On rencontre les fourmis en colonie un peu partout dans le monde . Elle s'abrite dans une fourmilière . La température intérieure de la fourmilière ne doit pas descendre en dessous de vingt-cinq degrés .


    Jean de La Fontaine, <i>la Cigale et la Fourmi</i>

    A Monseigneur le Dauphin

    Je chante les héros dont Esope est le père, 
    Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère, 
    Contient des vérités qui servent de leçons. 
    Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons: 
    Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes; 
    Je me sers d'animaux pour instruire les hommes. 
    Illustre rejeton d'un prince aimé des cieux, 
    Sur qui le monde entier a maintenant les yeux, 
    Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes, 
    Comptera désormais ses jours par ses conquêtes, 
    Quelque autre te dira d'une plus forte voix 
    Les faits de tes aïeux et les vertus des rois. 
    Je vais t'entretenir de moindres aventures, 
    Te tracer en ces vers de légères peintures; 
    Et si de t'agréer je n'emporte le prix, 
    J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris. 



    Le loup et l'agneau


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     http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/lf/Tous-les-dossiers-et-les-publications-LF/Les-Fables-de-la-Fontaine/p-24847-Les-Fables-de-La-Fontaine.htm
    Apprises par coeur dès l'école, étudiées à l'université, récitées sur les scènes des théâtres, les Fables de Jean de La Fontaine (1621 - 1695) rencontrent encore aujourd'hui un grand succès, signe de leur éternelle actualité et de la modernité de leur message.   
      

    Autrefois le Rat de ville Invita le Rat des champs,
    D'une façon fort civile,
    A des reliefs d'ortolans.
    Sur un tapis de Turquie
    Le couvert se trouva mis :
    Je laisse à penser la vie
    Que firent ces deux amis.
    Le régal fut fort honnête,
    Rien ne manquait au festin ;
    Mais quelqu'un troubla la fête,
    Pendant qu'ils étaient en train.
    A la porte de la salle
    Ils entendirent du bruit ;
    Le Rat de ville détale,
    Son camarade le suit.
    Le bruit cesse, on se retire :
    Rats en campagne aussitôt ;
    Et le Citadin de dire :
    Achevons tout notre rôt.
    C'est assez, dit le Rustique ;
    Demain vous viendrez chez moi.
    Ce n'est pas que je me pique
    De tous vos festins de roi ;
    Mais rien ne vient m'interrompre ;
    Je mange tout à loisir.
    Adieu donc ; fi du plaisir
    Que la crainte peut corrompre 
    !
    La fable Le Rat de ville et le Rat des champs n’a pas de morale en soi. Elle ne fait que nous montrer la différence entre les gens de la ville et les gens de la campagne. Ceux de la ville sont plus agités et ceux de la campagne sont plus calmes . La Fontaine nous montre  qu’il préfère la campagne à la ville. On a souvent comparé que les gens de la campagne étaient plus faibles et que ceux de la ville étaient plus puissants. Dans la fable, on y voit la fuite du rat des champs lorsqu’il entend un bruit.
    la vie de la campagne est plus paisible et calme, tandis que la vie de la ville est très dangereuse  
    Le rat des champs invite son compère des villes chez lui et lui permet de goûter aux produits simples qui font la saveur d'un séjour à la campagne. Son hôte fait la fine bouche. A son tour, le rat des villes invite le rat des champs et lui fait découvrir des mets succulents. Or, la peur et les dangers qui accompagnent ce luxe poussent le rat des champs à y renoncer. 

       La raison du plus fort est toujours la meilleure


    LE RAT DES CHAMPS ET LE RAT DE VILLE

    Un rat des champs avait pour ami un rat de maison. Le rat de maison invité par son ami s’empressa d’aller dîner à la campagne. Mais comme il n’avait à manger que de l’herbe et du blé, il dit : « Sais-tu bien, mon ami, que tu mènes une vie de fourmi ? Moi, au contraire, j’ai des biens en abondance. Viens avec moi, je les mets tous à ta disposition. » Ils partirent aussitôt tous les deux. Le rat de maison fit voir à son camarade des légumes et du blé, et avec cela des figues, un fromage, du miel, des fruits. Et celui-ci émerveillé le bénissait de tout son cœur, et maudissait sa propre fortune. Comme ils s’apprêtaient à commencer le festin, soudain un homme ouvrit la porte. Effrayés du bruit, nos rats se précipitèrent peureusement dans les fentes. Puis comme ils revenaient pour prendre des figues sèches, une autre personne vint chercher quelque chose à l’intérieur de la chambre. À sa vue, ils se précipitèrent encore une fois dans un trou pour s’y cacher. Et alors le rat des champs, oubliant la faim, soupira et dit à l’autre : « Adieu, mon ami, tu manges à satiété et tu t’en donnes à cœur joie, mais au prix du danger et de mille craintes. Moi, pauvret, je vais vivre en grignotant de l’orge et du blé, mais sans craindre ni suspecter personne. »
    Cette fable montre qu’il vaut mieux mener une existence simple et paisible que de nager dans les délices en souffrant de la peur.
    http://fr.wikisource.org/

    Le rat des villes et le rat des champs

    Il était une fois un rat qui habitait à la ville. Un
    matin, il décida d'aller rendre visite à sa famille
    qui viviait à la campagne. Dès son arrivée, il croisa
    son cousin le mulot qui était ravi de le revoir. Ils
    s'embrassèrent chaleureusement puis son cousin
    l'invita à déjeuner.


    - Goûte ces fruits, ils sont délicieux, dit le mulot.


    - C'est vrai, ils sont assez bons, répondit le rat, mais 
       cela n'a rien à voir avec toutes les bonnes choses 
       que l'on trouve à la ville.

    - Je ne peux pas comparer, je n'y suis jamais allé, répondit le mulot.

    - Et pourquoi ne viendrais-tu pas me rendre visite ? lui proposa le rat.

    Et le rat raconta à son cousin toutes les joies de la vie en ville, les gens très 
    cultivés, les divertissements...

    - La vie à la campagne, c'est pas mal non plus, 
       répondit le mulot. L'air est pur, la nourriture 
       est fraîche et abondante, les gens sont 
       gentils, c'est très calme...

    - Il n'y a aucune comparaison possible ! 
       l'interrompit le rat. Viens et tu verras !

    En fin de journée, le rat prit congé de son 
    cousin et retourna à la ville. Pendant 
    quelques jours, le mulot ne cessa de penser à tout ce que lui avait raconté le rat. Il
    se décida enfin à aller rendre visite à son cousin.

    - Je suis tellement content que tu sois venu, dit le rat en l'accueillant. Entre, je

       vais te faire visiter ma maison, tu n'imagines même pas ce que tu vas voir !

    Et le mulot découvrit avec étonnement une maison pleine de nourriture, avec un
    énorme frigo !
    - C'est le paradis ! pensait le mulot. Il y a tellement
       de bonnes choses, que je ne pourrai jamais
       toutes les goûter !

    Il finit par en avoir le tournis. Il s'imaginait flottant 
    dans les airs, entouré de friandises et de 
    mets délicieux... Son rêve fut tout à coup
    interrompu par d'énormes bruits qui faisaient
    trembler le sol.

    - C'est... c'est quoi ? demanda le mulot terrorisé quand, soudain, il  
       vit l'énorme pied d'un humain au-dessus de sa tête.


    - Cours et suis-moi, il va nous écraser ! cria son cousin en s'enfuyant.

    Après avoir traversé plusieurs pièces et escaladé de nombreux meubles, les deux
    cousins se réfugièrent sur la télévision.

    - Quelle frayeur, dit le mulot, mon coeur bat tellement vite qu'il va exploser !

    - Désolé, dit le rat, ce sont les petits inconvénients de la ville...

    Il n'avait pas fini sa phrase que la propriètaire de la maison surgit avec un énorme

    chat dans les bras. Le mulot n'avait jamais vu un chat aussi féroce de sa vie. La
    femme lui montra les deux souris en criant :

    - Attrape-les !

    - Petits inconvénients ? Tu appelles ça des petits inconvénients ! cria le mulot, alors
      qu'ils détalaient à toute vitesse. Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie, hurlait-il, en 
      voyant les dents du chat se rapprocher de plus en plus.



    Heureusement, le rat connaissait tous les recoins de la maison... Ils réussirent in
    extremis à monter sur une armoire.

    - C'est cela la vie merveilleuse des rats de la ville ? Merci pour ton invitation, mais
       moi, je retourne à la campagne sur-le-champ !
     

    De retour à la maison, le mulot raconta ses péripéties
    à ses amis.

    - Je ne comprendrai jamais ces rats des villes ! dit-il.
      Ils pensent qu'ils ont la plus belle vie du monde,
      alors qu'ils passent leur journée à courir et à
      affronter mille dangers. Rien ne vaut la vie à la
      campagne, n'est-ce pas ?

    Fable ou histoire


    Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
    Un singe d'une peau de tigre se vêtit.
    Le tigre avait été méchant ; lui, fut atroce.
    Il avait endossé le droit d'être féroce.
    Il se mit à grincer des dents, criant : Je suis
    Le vainqueur des halliers 1, le roi sombre des nuits !
    Il s'embusqua 2, brigand des bois, dans les épines
    Il entassa l'horreur, le meurtre, les rapines 3 ,
    Egorgea les passants, dévasta la forêt,
    Fit tout ce qu'avait fait la peau qui le couvrait.
    Il vivait dans un antre 4, entouré de carnage.
    Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.
    Il s'écriait, poussant d'affreux rugissements :
    Regardez, ma caverne est pleine d'ossements ;
    Devant moi tout recule et frémit, tout émigre,
    Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre !

    Les bêtes l'admiraient, et fuyaient à grands pas.
    Un belluaire 5 vint, le saisit dans ses bras,
    Déchira cette peau comme on déchire un linge,
    Mit à nu ce vainqueur, et dit : Tu n'es qu'un singe !

    Jersey, le 6 novembre 1852.

    Victor Hugo
    Les Châtiments
     1 Groupes de buissons serrés et touffus.
    2. Se cacher pour pouvoir agresser.
    3. Pillages.
    4. Caverne, grotte servant de repaire à une bête fauve.
    5. Gladiateur qui, dans l'Antiquité, combattait les bêtes féroces dans les amphithéâtres.



    Dans le court texte Fable ou histoire, Victor Hugo renvoie à un fait historique : le coup d'état Napoléon III de 1851.
    Victor Hugo, tel le belluaire de sa fable, révèle l'imposture. Il souligne le ridicule du personnage et sa prise de pouvoir abusive.
     Hugo dénonce la lâcheté du peuple, qu'il compare à de simples "bêtes"  

                  Le Loup et le Chien
     Morale : Mieux vaut vivre affamé qu’attaché

    Un Loup n'avait que les os et la peau,
    Tant les chiens faisaient bonne garde.
    Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
    Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
    L'attaquer, le mettre en quartiers,
    Sire Loup l'eût fait volontiers ;
    Mais il fallait livrer bataille,
    Et le Mâtin était de taille
    A se défendre hardiment.
    Le Loup donc l'aborde humblement,
    Entre en propos, et lui fait compliment
    Sur son embonpoint, qu'il admire.
    " Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
    D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
    Quittez les bois, vous ferez bien :
    Vos pareils y sont misérables,
    Cancres, haires, et pauvres diables,
    Dont la condition est de mourir de faim.
    Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
    Tout à la pointe de l'épée.
    Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
    Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
    - Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
    Portants bâtons, et mendiants ;
    Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
    Moyennant quoi votre salaire
    Sera force reliefs de toutes les façons :
    Os de poulets, os de pigeons,
    Sans parler de mainte caresse. "
    Le Loup déjà se forge une félicité
    Qui le fait pleurer de tendresse.
    Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
    " Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
    - Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
    De ce que vous voyez est peut-être la cause.
    - Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
    Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
    - Il importe si bien, que de tous vos repas
    Je ne veux en aucune sorte,
    Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
    Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. 
                                    Les Fables, Livre I
     Les deux animaux , le chien et le loup, sont à la fois proches et opposés. Le loup sauvage opposé au chien. Il y a également l’opposition de la liberté à la servitude.

    Le chien
     physiquement : fort, beau, gras, poil luisant. C’est un colosse car c’est un Dogue, gras ,  grosseur de ce chien, puissance.
    psychologique :  politesse.
      Image d'un bourgeois »
      Quatre adjectifs pour décrire (puissant, beau, gras, poli).
      La Fontaine emploie le champ lexical de l’argent pour le caractériser.

      Le loup
     Il est puissant mais très affaibli, squelettique. La cause de sa maigreur : à cause des chiens. 
    agressif,  envie de tuer.
    Champ lexical de la guerre : « s’attaquer », « bataille », « se défendre », « l’épée »
      « Sire loup » > aristocratie ; changement de discours 

     le loup est flatteur envers la graisse du chien, très aimable sonorité douce / étouffée.
    La servitude
     Le chien est attaché et dépendant du maître pour sa nourriture et son affection. Il appartient au monde des domestiques, de la servitude.
    La liberté
     Le loup est libre, il va où il veut. Il est valorisé par l’emploi de « Maître Loup ».
      Le loup est diplomate intelligent, le loup représente celui qui sait rester lui-même, qui sait conserver son indépendance. Le loup est surpris des conditions de vie du chien : détail anormal, il est inquiet et se questionne. Le chien est gêné, il évite de répondre, il minimise.
      La liberté est un trésor cher, le loup est affligé par le mot « attaché ».  

    Le maître : La Fontaine

    Au xviie s., Jean de La Fontaine, surpassant ses contemporains (Fénelon, entre autres), porte à sa perfection ce genre devenu scolaire. Il y introduit la mesure, la variété de ton (drame, comédie, idylle, satire, conte merveilleux, etc.) et surtout étoffe l'action et les personnages afin de plaire avant d'instruire : « Le corps est la fable ; l'âme, la moralité ». Empruntant la plupart de ses sujets à ses prédécesseurs de  l'Antiquité, notamment à Ésope, Phèdre et Bidpai, La Fontaine, maître de toutes les ressources du vers libre, rénove complètement le genre
    Jean de La Fontaine, <i>La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf</i>
    Jean de La Fontaine, <i>le Loup et le Chien</i>















    Après une exposition concise, claire et pleine d'humour, il noue promptement l'intrigue, usant avec malice de tous les procédés stylistiques, les combinant et renouvelant à merveille (« En plein pays de cerfs un cerf tomba malade » ; « Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où, / Le héron au long bec, emmanché d'un long cou », répétitions )
    Les Fables de La Fontaine exerceront une immense influence, en France et à l'étranger, même si elles n'ont pas toujours fait l'unanimité : pour l'atrabilaire Jean-Jacques Rousseau (l'Emile), elles auraient pour les enfants une influence nocive, puisqu'elles porteraient « plus au vice quà la vertu » ; pour Alphonse de Lamartine, cette moralité relève souvent d'un pessimisme cynique. Innombrables sont les formules brillantes des Fables devenues proverbiales : « On a souvent besoin d'un plus petit que soi » (Le Lion et le Rat) ; « Rien ne sert de courir ; il faut partir à point » (Le Lièvre et la Tortue); « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (Le Loup et l'Agneau

    Le Lion et le Rat

    Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
    On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
    De cette vérité deux Fables feront foi,
    Tant la chose en preuves abonde.
    Entre les pattes d'un Lion
    Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
    Le Roi des animaux, en cette occasion,
    Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
    Ce bienfait ne fut pas perdu. 
    Quelqu'un aurait-il jamais cru
    Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ?
    Cependant il advint qu'au sortir des forêts
    Ce Lion fut pris dans des rets,
    Dont ses rugissements ne le purent défaire.
    Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
    Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
    Patience et longueur de temps
    Font plus que force ni que rage.

    Obliger tout le monde : rendre service à tout le monde. Lui donna la vie: Lui laissa la vie sauve.
    Eût affaire: Eût besoin.

     
    Cette fable fait à nouveau intervenir des animaux qui  viennent

    tour en mauvaise posture. Le rat tout d’abord sort de terre au milieu des pattes d’un
    s’opposer,  en taille et en force : un lion et un rat. Les deux animaux se retrouvent tour à
    redoutable prédateur, un lion. Mais ce dernier, juste et bon, lui laisse la vie sauve. Plu
    tard, c’est le lion lui-même qui se trouve en position de faiblesse puisqu’il est pris dans les mailles d’un filet. Le rat, reconnaissant, lui vient en aide et, patient, ronge un à un les mailles du filet pour le libérer
    http://environnement.ecole.free.fr/images3/la%20poule%20aux%20oeufs%20d%20or.jpg  
     LA POULE AUX OEUFS D'OR

    L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
    Je ne veux, pour le témoigner,
    Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
    Pondait tous les jours un œuf d'or.
    Il crut que dans son corps elle avait un trésor :
    Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
    A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
    S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
    Belle leçon pour les gens chiches !
    Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
    Qui du soir au matin sont pauvres devenus,
    Pour vouloir trop tôt être riches !
    JEAN DE LA FONTAINE
    http://environnement.ecole.free.fr/images3/le%20lievre%20et%20la%20tortue.jpg
    LE LIÈVRE ET LA TORTUE

    Rien ne sert de courir ; il faut partir à point :
    Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
    « Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
    Sitôt que moi ce but. — Sitôt ? Etes-vous sage ?
    Repartit l'animal léger :
    Ma commère, il faut vous purger
    Avec quatre grains d'ellébore.
    — Sage ou non, je parie encore. »
    Ainsi fut fait ; et de tous deux
    On mit près du but les enjeux :
    Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
    Ni de quel juge l'on convint.
    Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire.
    J'entends de ceux qu'il fait lorsque, prêt d'être atteint,
    Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,
    Et leur fait arpenter les landes.
    Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
    Pour dormir et pour écouter
    D'où vient le vent, il laissa la Tortue
    Aller son train de sénateur.
    Elle part, elle s'évertue,
    Elle se hâte avec lenteur.
    Lui cependant méprise une telle victoire.
    Tient la gageure à peu de gloire,
    Croit qu'il y va de son honneur
    De partir tard. Il broute, il se repose,
    Il s'amuse à toute autre chose
    Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit
    Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
    Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
    Furent vains : la Tortue arriva la première.
    « Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
    De quoi vous sert votre vitesse ?
    Moi l'emporter ! et que serait-ce
    Si vous portiez une maison ?
    JEAN DE LA FONTAINE
    http://environnement.ecole.free.fr/images3/le%20loup%20la%20chevre%20et%20le%20chevreau.jpgLE LOUP, LA CHEVRE ET LE CHEVREAU

    La bique, allant remplir sa traînante mamelle,
    Et paître l'herbe nouvelle,
    Ferma sa porte au loquet,
    Non sans dire à son biquet :
    Gardez-vous, sur votre vie,
    D'ouvrir que l'on ne vous die
    Pour enseigne et mot du guet :
    Foin du loup et de sa race !
    Comme elle disait ces mots,
    Le loup, de fortune, passe.
    Il les recueille à propos
    Et les garde en sa mémoire.
    La bique, comme on peut le croire,
    N'avait pas vu le glouton.
    Dès qu'il la voit partie, il contrefait son ton
    Et, d'une voix papelarde,
    Il demande qu'on ouvre, en disant : Foin du loup!
    Et croyant entrer tout d'un coup.
    Le biquet soupçonneux par la fente regarde :
    Montrez-moi patte blanche ou je n'ouvrirai point,
    S'écria-t-il d'abord. Patte blanche est un point
    Chez les loups, comme on sait, rarement en usage.
    Celui-ci, fort surpris d'entendre ce langage,
    Comme il était venu s'en retourna chez soi.
    Où serait le biquet s'il eût ajouté foi
    Au mot du guet que, de fortune,
    Notre loup avait entendu ?
    Deux sûretés valent mieux qu'une,
    Et le trop en cela ne fut jamais perdu.
    JEAN DE LA FONTAINE



    LA FOURMI ET LA COLOMBE

    Une fourmi pressée par la soif était descendue dans une source et, entraînée par le courant, elle était en train de se noyer. Une colombe, l’ayant aperçue, détacha un rameau d’un arbre et le jeta dans la source ; la fourmi monta dessus et fut sauvée. Sur ces entrefaites un oiseleur s’avança avec ses gluaux ajustés pour prendre la colombe. La fourmi s’en étant aperçue, mordit le pied de l’oiseleur, qui, sous le coup de la douleur, jeta ses gluaux et fit aussitôt envoler la colombe.
    Cette fable montre qu’il faut payer de retour ses bienfaiteurs.


    La Colombe et la Fourmi


    Le long d'un clair ruisseau buvait une Colombe,
    Quand sur l'eau se penchant une Fourmi y tombe.
    Et dans cet océan l'on eût vu la Fourmi
    S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive.
    La Colombe aussitôt usa de charité :
    Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté,
    Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive.
    Elle se sauve ; et là-dessus
    Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus.
    Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète.
    Dès qu'il voit l'Oiseau de Vénus
    Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.
    Tandis qu'à le tuer mon Villageois s'apprête,
    La Fourmi le pique au talon.
    Le Vilain retourne la tête :
    La Colombe l'entend, part, et tire de long.
    Le soupé du Croquant avec elle s'envole :
    Point de Pigeon pour une obole.

                                            LE RENARD ET LE BOUC

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    La raison du plus fort est toujours la meilleure:
    Nous l'allons montrer tout à l'heure. 


    Un Agneau se désaltérait 
    Dans le courant d'une onde pure. 
    Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure, 
    Et que la faim en ces lieux attirait. 
    "Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage? 
    Dit cet animal plein de rage: 
    Tu seras châtié de ta témérité. 
    -Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté 
    Ne se mette pas en colère; 
    Mais plutôt qu'elle considère 
    Que je me vas désaltérant 
    Dans le courant, 
    Plus de vingt pas au-dessous d'Elle; 
    Et que par conséquent, en aucune façon 
    Je ne puis troubler sa boisson. 
    - Tu la troubles, reprit cette bête cruelle; 
    Et je sais que de moi tu médis l'an passé. 
    -Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né? 
    Reprit l'agneau; je tette encor ma mère 
    -Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. 
    - Je n'en ai point. -C'est donc l'un des tiens; 
    Car vous ne m'épargnez guère, 
    Vous, vos bergers et vos chiens. 
    On me l'a dit: il faut que je me venge." 
    Là-dessus, au fond des forêts 
    Le loup l'emporte et puis le mange, 
    Sans autre forme de procès. 

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  • Capitaine Renard allait de compagnie
    Avec son ami Bouc des plus haut encornés :
    Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
    L'autre était passé maître en fait de tromperie.
    La soif les obligea de descendre en un puits :
    Là chacun d'eux se désaltère.
    Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,
    Le Renard dit au Bouc : « Que ferons-nous, compère ?
    Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici.
    Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi ;
    Mets-les contre le mur : le long de ton échine
    Je grimperai premièrement ;
    Puis sur tes cornes m'élevant,
    A l'aide de cette machine,
    De ce lieu-ci je sortirai.
    Après quoi je t'en tirerai.
    — Par ma barbe, dit l'autre, Il est bon ; et je loue
    Les gens bien sensés comme toi.
    Je n'aurais jamais, quant à moi,
    Trouvé ce secret, je l'avoue. »
    Le Renard sort du puits, laisse son compagnon,
    Et vous lui fait un beau sermon
    Pour l'exhorter à patience.
    « Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence
    Autant de jugement que de barbe au menton,
    Tu n'aurais pas, à la légère,
    Descendu dans ce puits. Or adieu : j'en suis hors ;
    Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts ;
    Car, pour moi, j'ai certaine affaire
    Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin. »

    En toute chose il faut considérer la fin.


                               
    Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat,
    Commensaux d'un logis, avaient un commun maître.
    D'animaux malfaisants c'était un très bon plat :
    Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
    Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
    L'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage :
    Bertrand dérobait tout ; Raton, de son coté,
    Etait moins attentif aux souris qu'au fromage.
    Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
    Regardaient rôtir des marrons.
    Les escroquer était une très bonne affaire ;
    Nos galants y voyaient double profit à faire :
    Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
    Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd'hui
    Que tu fasses un coup de maître ;
    Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître
    Propre à tirer marrons du feu,
    Certes, marrons verraient beau jeu. »
    Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte,
    D'une manière délicate,
    Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts ;
    Puis les reporte à plusieurs fois ;
    Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque :
    Et cependant Bertrand les croque.
    Une servante vient : adieu mes gens. Raton
    N'était pas content, ce dit-on.

    Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes
    Qui, flattés d'un pareil emploi,
    Vont s'échauder en des provinces
    Pour le profit de quelque roi.


    LE CHAT, LA BELETTE ET LE PETIT LAPIN
    Du palais d'un jeune Lapin
    Dame Belette, un beau matin,
    S'empara : c'est une rusée.
    Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
    Elle porta chez lui ses pénates, un jour
    Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour
    Parmi le thym et la rosée.
    Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
    Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
    La Belette avait mis le nez à la fenêtre,
    « Oh Dieux hospitaliers » ! Que vois-je ici paraître ?
    Dit l'animal chassé du paternel logis.
    0 là. Madame la Belette,
    Que l'on déloge sans trompette,
    Ou je vais avertir tous les Rats du pays,
    La dame au nez pointu répondit que la terre
    Etait au premier occupant
    « C'était un beau sujet de guerre,
    Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
    Et quand ce serait un Royaume,
    Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
    En a pour toujours fait l'octroi
    A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
    Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi. »
    Jean Lapin allégua la coutume et l'usage :
    « Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
    Rendu Maître et Seigneur, et qui, de père en fils,
    L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
    « Le premier occupant », est-ce une loi plus sage ?
    — Or bien, sans crier davantage
    Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis. »
    C était un chat vivant comme un dévot ermite,
    Un Chat faisant la Chattemite,
    Un saint homme de Chat, bien fourré, gros et gras,
    Arbitre expert sur tous les cas.
    Jean Lapin pour juge l'agrée.
    Les voilà tous deux arrivés
    Devant sa majesté fourrée.
    Grippeminaud leur dit : « Mes enfants approchez,
    Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause. »
    L un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose.
    Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
    Grippeminaud, le bon apôtre,
    Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
    Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.

    Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
    Les petits souverains se rapportant aux rois.


                       CONSEIL TENU PAR LES RATS
    Un Chat, nommé Rodilardus,
    Faisait des rats telle déconfiture,
    Que l'on n'en voyait presque plus,
    Tant il en avait mis dedans la sépulture.
    Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou
    Ne trouvait à manger que le quart de son sou ;
    Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
    Non pour un chat, mais pour un diable.
    Or, un jour qu'au haut et au loin
    Le galant alla chercher femme,
    Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa dame,
    Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
    Sur la nécessité présente.
    Dès l'abord, leur Doyen, personne fort prudente,
    Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
    Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
    Qu'ainsi quand il irait en guerre,
    De sa marche avertis, ils s'enfuiraient en terre ;
    Qu'il n'y savait que ce moyen.
    Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen :
    Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
    La difficulté fut d'attacher le grelot.
    L'un dit : « Je n'y vas point, je ne suis pas si sot. »
    L'autre : « Je ne saurais. » Si bien que sans rien faire
    On se quitta. J'ai maints chapitres vus,
    Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
    Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,
    Voire chapitres de chanoines.

    Ne faut-il que délibérer,
    La cour en conseillers foisonne ;
    Est-il besoin d'exécuter,
    L'on ne rencontre plus personne.

    JEAN DE LA FONTAINE

  • C'est là son moindre défaut.
    « Que faisiez-vous au temps chaud ?
    Dit-elle à cette emprunteuse.
    — Nuit et jour à tout venant
    Je chantais, ne vous déplaise.

    — Vous chantiez ? j'en suis fort aise ;
    Eh bien dansez maintenant. »

        


  • Capitaine Renard allait de compagnie
    Avec son ami Bouc des plus haut encornés :
    Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
    L'autre était passé maître en fait de tromperie.
    La soif les obligea de descendre en un puits :
    Là chacun d'eux se désaltère.
    Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,
    Le Renard dit au Bouc : « Que ferons-nous, compère ?
    Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici.
    Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi ;
    Mets-les contre le mur : le long de ton échine
    Je grimperai premièrement ;
    Puis sur tes cornes m'élevant,
    A l'aide de cette machine,
    De ce lieu-ci je sortirai.
    Après quoi je t'en tirerai.
    — Par ma barbe, dit l'autre, Il est bon ; et je loue
    Les gens bien sensés comme toi.
    Je n'aurais jamais, quant à moi,
    Trouvé ce secret, je l'avoue. »
    Le Renard sort du puits, laisse son compagnon,
    Et vous lui fait un beau sermon
    Pour l'exhorter à patience.
    « Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence
    Autant de jugement que de barbe au menton,
    Tu n'aurais pas, à la légère,
    Descendu dans ce puits. Or adieu : j'en suis hors ;
    Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts ;
    Car, pour moi, j'ai certaine affaire
    Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin. »

    En toute chose il faut considérer la fin.


                                LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR
    Petit poisson deviendra grand,
    Pourvu que Dieu lui prête vie ;
    Mais le lâcher en attendant,
    Je tiens pour moi que c'est folle :
    Car de le rattraper il n'est pas trop certain.

    Un Carpeau, qui n'était encore que fretin,
    Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.
    « Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin ;
    Voilà commencement de chère et de festin :
    Mettons-le en notre gibecière. »
    Le pauvre Carpillon lui dit en sa manière :
    « Que ferez-vous de moi ? je ne saurais fournir
    Au plus qu'une demi-bouchée.
    Laissez-moi carpe devenir :
    Je serai par vous repêchée ;
    Quelque gros partisan m'achètera bien cher :
    Au lieu qu'il vous en faut chercher
    Peut-être encore cent de ma taille
    Pour faire un plat : quel plat ? croyez-moi, rien qui vaille.
    — Rien qui vaille ? Eh bien ! soit, repartit le Pêcheur :
    Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur,
    Vous irez dans la poêle ; et vous avez beau dire,
    Dès ce soir on vous fera frire. » 

    Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras :
    L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.
    Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait
    Bien posé sur un coussinet,
    Prétendait arriver sans encombre à la ville,
    Légère et court vêtue, elle allait à grand pas,
    Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
    Cotillon simple et souliers plats.
    Notre laitière ainsi troussée
    Comptait déjà dans sa pensée
    Tout le prix de son lait, en employait l'argent ;
    Achetait un cent d'oeufs, faisait triple couvée :
    La chose allait à bien par son soin diligent.
    « Il m'est, disait-elle, facile
    D'élever des poulets autour de ma maison ;
    Le renard sera bien habile
    S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon.
    Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ;
    Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable :
    J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon.
    Et qui m'empêchera de mettre en notre étable,
    Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
    Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? »
    Perrette là-dessus saute aussi, transportée :
    Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée.
    La dame de ces biens, quittant d'un œil marri
    Sa fortune ainsi répandue,
    Va s'excuser à son mari,
    En grand danger d'être battue.
    Le récit en farce en fut fait ;
    On l'appela le Pot au lait.

    Quel esprit ne bat la campagne ?
    Qui ne fait châteaux en Espagne?
    Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous,
    Autant les sages que les fous.
    Chacun songe en veillant ; il n'est rien de plus doux :
    Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ;
    Tout le bien du monde est à nous...
    Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
    Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi ;
    On m'élit roi, mon peuple m'aime ;
    Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
    Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même,
    Je suis gros Jean comme devant.
                               LE SINGE ET LE CHAT
    Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat,
    Commensaux d'un logis, avaient un commun maître.
    D'animaux malfaisants c'était un très bon plat :
    Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
    Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
    L'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage :
    Bertrand dérobait tout ; Raton, de son coté,
    Etait moins attentif aux souris qu'au fromage.
    Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
    Regardaient rôtir des marrons.
    Les escroquer était une très bonne affaire ;
    Nos galants y voyaient double profit à faire :
    Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
    Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd'hui
    Que tu fasses un coup de maître ;
    Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître
    Propre à tirer marrons du feu,
    Certes, marrons verraient beau jeu. »
    Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte,
    D'une manière délicate,
    Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts ;
    Puis les reporte à plusieurs fois ;
    Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque :
    Et cependant Bertrand les croque.
    Une servante vient : adieu mes gens. Raton
    N'était pas content, ce dit-on.

    Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes
    Qui, flattés d'un pareil emploi,
    Vont s'échauder en des provinces
    Pour le profit de quelque roi.


    LE CHAT, LA BELETTE ET LE PETIT LAPIN
    Du palais d'un jeune Lapin
    Dame Belette, un beau matin,
    S'empara : c'est une rusée.
    Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
    Elle porta chez lui ses pénates, un jour
    Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour
    Parmi le thym et la rosée.
    Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
    Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
    La Belette avait mis le nez à la fenêtre,
    « Oh Dieux hospitaliers » ! Que vois-je ici paraître ?
    Dit l'animal chassé du paternel logis.
    0 là. Madame la Belette,
    Que l'on déloge sans trompette,
    Ou je vais avertir tous les Rats du pays,
    La dame au nez pointu répondit que la terre
    Etait au premier occupant
    « C'était un beau sujet de guerre,
    Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
    Et quand ce serait un Royaume,
    Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
    En a pour toujours fait l'octroi
    A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
    Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi. »
    Jean Lapin allégua la coutume et l'usage :
    « Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
    Rendu Maître et Seigneur, et qui, de père en fils,
    L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
    « Le premier occupant », est-ce une loi plus sage ?
    — Or bien, sans crier davantage
    Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis. »
    C était un chat vivant comme un dévot ermite,
    Un Chat faisant la Chattemite,
    Un saint homme de Chat, bien fourré, gros et gras,
    Arbitre expert sur tous les cas.
    Jean Lapin pour juge l'agrée.
    Les voilà tous deux arrivés
    Devant sa majesté fourrée.
    Grippeminaud leur dit : « Mes enfants approchez,
    Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause. »
    L un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose.
    Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
    Grippeminaud, le bon apôtre,
    Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
    Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.

    Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
    Les petits souverains se rapportant aux rois.


                       CONSEIL TENU PAR LES RATS
    Un Chat, nommé Rodilardus,
    Faisait des rats telle déconfiture,
    Que l'on n'en voyait presque plus,
    Tant il en avait mis dedans la sépulture.
    Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou
    Ne trouvait à manger que le quart de son sou ;
    Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
    Non pour un chat, mais pour un diable.
    Or, un jour qu'au haut et au loin
    Le galant alla chercher femme,
    Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa dame,
    Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
    Sur la nécessité présente.
    Dès l'abord, leur Doyen, personne fort prudente,
    Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
    Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
    Qu'ainsi quand il irait en guerre,
    De sa marche avertis, ils s'enfuiraient en terre ;
    Qu'il n'y savait que ce moyen.
    Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen :
    Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
    La difficulté fut d'attacher le grelot.
    L'un dit : « Je n'y vas point, je ne suis pas si sot. »
    L'autre : « Je ne saurais. » Si bien que sans rien faire
    On se quitta. J'ai maints chapitres vus,
    Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
    Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,
    Voire chapitres de chanoines.

    Ne faut-il que délibérer,
    La cour en conseillers foisonne ;
    Est-il besoin d'exécuter,
    L'on ne rencontre plus personne.


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                               LE SINGE ET LE CHAT
    Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat,
    Commensaux d'un logis, avaient un commun maître.
    D'animaux malfaisants c'était un très bon plat :
    Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
    Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
    L'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage :
    Bertrand dérobait tout ; Raton, de son coté,
    Etait moins attentif aux souris qu'au fromage.
    Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
    Regardaient rôtir des marrons.
    Les escroquer était une très bonne affaire ;
    Nos galants y voyaient double profit à faire :
    Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
    Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd'hui
    Que tu fasses un coup de maître ;
    Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître
    Propre à tirer marrons du feu,
    Certes, marrons verraient beau jeu. »
    Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte,
    D'une manière délicate,
    Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts ;
    Puis les reporte à plusieurs fois ;
    Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque :
    Et cependant Bertrand les croque.
    Une servante vient : adieu mes gens. Raton
    N'était pas content, ce dit-on.

    Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes
    Qui, flattés d'un pareil emploi,
    Vont s'échauder en des provinces
    Pour le profit de quelque roi.


    LE CHAT, LA BELETTE ET LE PETIT LAPIN
    Du palais d'un jeune Lapin
    Dame Belette, un beau matin,
    S'empara : c'est une rusée.
    Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
    Elle porta chez lui ses pénates, un jour
    Qu'il était allé faire à l'Aurore sa cour
    Parmi le thym et la rosée.
    Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
    Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
    La Belette avait mis le nez à la fenêtre,
    « Oh Dieux hospitaliers » ! Que vois-je ici paraître ?
    Dit l'animal chassé du paternel logis.
    0 là. Madame la Belette,
    Que l'on déloge sans trompette,
    Ou je vais avertir tous les Rats du pays,
    La dame au nez pointu répondit que la terre
    Etait au premier occupant
    « C'était un beau sujet de guerre,
    Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
    Et quand ce serait un Royaume,
    Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
    En a pour toujours fait l'octroi
    A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
    Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi. »
    Jean Lapin allégua la coutume et l'usage :
    « Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
    Rendu Maître et Seigneur, et qui, de père en fils,
    L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
    « Le premier occupant », est-ce une loi plus sage ?
    — Or bien, sans crier davantage
    Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis. »
    C était un chat vivant comme un dévot ermite,
    Un Chat faisant la Chattemite,
    Un saint homme de Chat, bien fourré, gros et gras,
    Arbitre expert sur tous les cas.
    Jean Lapin pour juge l'agrée.
    Les voilà tous deux arrivés
    Devant sa majesté fourrée.
    Grippeminaud leur dit : « Mes enfants approchez,
    Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause. »
    L un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose.
    Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
    Grippeminaud, le bon apôtre,
    Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
    Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.

    Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
    Les petits souverains se rapportant aux rois.


      CONSEIL TENU PAR LES RATS
    Un Chat, nommé Rodilardus,
    Faisait des rats telle déconfiture,
    Que l'on n'en voyait presque plus,
    Tant il en avait mis dedans la sépulture.
    Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou
    Ne trouvait à manger que le quart de son sou ;
    Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
    Non pour un chat, mais pour un diable.
    Or, un jour qu'au haut et au loin
    Le galant alla chercher femme,
    Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa dame,
    Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
    Sur la nécessité présente.
    Dès l'abord, leur Doyen, personne fort prudente,
    Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
    Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
    Qu'ainsi quand il irait en guerre,
    De sa marche avertis, ils s'enfuiraient en terre ;
    Qu'il n'y savait que ce moyen.
    Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen :
    Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
    La difficulté fut d'attacher le grelot.
    L'un dit : « Je n'y vas point, je ne suis pas si sot. »
    L'autre : « Je ne saurais. » Si bien que sans rien faire
    On se quitta. J'ai maints chapitres vus,
    Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
    Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,
    Voire chapitres de chanoines.

    Ne faut-il que délibérer,
    La cour en conseillers foisonne ;
    Est-il besoin d'exécuter,
    L'on ne rencontre plus personne.

    JEAN DE LA FONTAINE


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